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fanfiction

La menace souterraine

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des floodeurs ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite (ou pas). © Randall Kryllow, 2017

Cette histoire ravira les amateurs de combat médiéval, de magie, de chasse au trésor, de rebondissements, et de chats.

Extrait

Zeno – C'est quoi les détails de la mission ?
Dictaque – Il n'y en a pas.
Zeno – Donc je dois trouver le machin géant pour repousser le Parasite sinon on va tous mourir, on sait pas où il est et on sait pas à quoi il ressemble ?
Dictaque – Il est vert.
Tipiaque – La légende raconte que sa pureté est telle que sa couleur attire l'œil humain plus que tout au monde.
Dictaque – Donc il est vert.

Contexte

La Couteaurie est un royaume principalement constitué de Lofford, un village au pied d’une colline, et de Forêtnoire, un grand massif boisé proche d’une chaîne de montagnes.

Le roi Dictaque et la reine Tipiaque règnent depuis des décennies sur la Couteaurie, bien établis dans leur château au sommet de la colline de Lofford.

Zeno est un sujet oisif de Dictaque. Il vit chez sa mère, Madame Bleu, la boulangère du village. Il passe le plus clair de son temps à manger et à dormir. Il s’entend très bien avec sa sœur, Lanterne, et avec sa voisine, Méoui.

Orez était un oiseau que possédait Zeno. Il a été mangé par Tôte, un loup qui semait autrefois la terreur dans le village. Tôte a été tué d'un violent coup de hache par le mercenaire Brocoli juste après avoir dévoré Orez. Ainsi, à sa mort, le fantôme d'Orez a décidé de rester dans le monde réel avec Zeno, par peur de retrouver le fantôme de Tôte dans l'au-delà. Il le suit tout le temps, ce qui contrarie parfois Zeno.

Le Baron Melody est le plus puissant sujet de Dictaque. Il vit dans le château de Forêtnoire, qui renferme le terrible Parasite dans ses oubliettes. Il est mélomane et consacre le plus clair de son temps à écouter ou composer de la musique. Il veut que son château soit un lieu d'expression artistique pour quiconque le désire. Il a beaucoup d'influence sur les sujets de Couteaurie, car si Dictaque gère les affaires courantes du Royaume, le Baron est très présent dans le temps de loisir des gens. C'est lui qui organise la plupart des fêtes, animations culturelles ou événements divers.

Le Parasite est une entité qui se développe en s'appropriant les capacités physiques et mentales des êtres humains qu'il contamine. Lorsqu'il a assez d'énergie, il disperse dans l'air des poussières de Parasite, qui contaminent plus ou moins les personnes qui les respirent, selon la quantité inhalée. Cette contamination est connue sous le nom de maladie du coreux. Les individus qui en souffrent ont tendance à répéter leurs actes et leurs paroles jusqu'à l'épuisement. Ses manifestations sont d'abord temporaires et occasionnelles, ce qui permet aux malades de se soigner et de reprendre des forces entre deux crises de coreux. Mais le Parasite étant une entité unique, plus le nombre d'individus contaminés est important, plus la maladie est grave, donc plus les crises sont fréquentes et durables, ce qui peut entraîner la mort par épuisement.

Le Parasite peut être neutralisé lorsqu'il est exposé à une quantité suffisante de gemme de Lock. Cette pierre, relativement rare, a pour effet d'absorber les émanations du Parasite qui lui permettent de se développer. Le Parasite doit donc se concentrer sur la pierre pour la vider de son énergie, avant de pouvoir se développer. Une gemme de Lock de la taille d'un crâne humain peut stopper le développement du Parasite pendant plusieurs années. Il est évident que plus la taille de la pierre est importante, plus il est difficile de la trouver. C'est pourquoi Dictaque dispose de nombreux sujets dont le métier est de rechercher des morceaux de gemme de Lock, et de les jeter aux oubliettes du château du Baron Melody, où se terre le Parasite.

Liste des lieux et des personnages

Les personnages en italique n'interviennent pas.

Château de Lofford

  • Dictaque – roi de Couteaurie
  • Tipiaque – reine de Couteaurie
  • Didier Houx – maître des énigmes
  • Rabière – messager
  • Daiphe – garde

Village de Lofford

  • Zeno – villageois
  • Orez – oiseau fantôme
  • Tôte – loup
  • Madame Bleu – boulangère, mère de Zeno
  • Lanterne – infirmière, sœur de Zeno
  • Méoui – villageoise, amie de Zeno
  • Noumène Embatto – tavernière
  • Rubrique – savant
  • Malus – assistant de Rubrique
  • Le Requin – villageois
  • Brocoli – mercenaire
  • Sournois – membre de la sécurité
  • Chelem – membre de la sécurité
  • Le Gnou – villageois
  • Darjon – horloger
  • Masquie – commerçant

Château de Forêtnoire

  • Baron Melody – mélomane
  • Face de craie – décoratrice et jardinière
  • Nuitdorée – cuisinier et jardinier
  • Conductif – ami du Baron
  • Taxi – gardien
  • Le Parasite
  • Des amis du Baron

Bois de Forêtnoire

  • Ouche – aventurière
  • Qui-joue-au-frais – réparateur
  • Benneur – agitateur
  • Fougie – monstre
  • Harry Cow – ermite
  • Le Hareng – voleur
  • Linya – chat
  • Figure – prêtre
  • Quigane – déesse
  • Bulbe – esprit

Chapitre unique

Dictaque a envoyé un pigeon voyageur à Zeno pour le convoquer dans son château. Or, avant même qu'il arrive au bord de la fenêtre de la maison de Madame Bleu, le pigeon s'est retrouvé nez à nez avec Orez. Pris de panique à la vue du fantôme, le pigeon s'est débarrassé de la missive et est retourné au château de Dictaque.

Orez – Zeno ! Tu as du courrier !
Zeno – Rien à foutre.
Orez – Et comment on fait pour s'en foutre alors que c'est un pigeon de Dictaque ?
Zeno – Va me le chercher.
Orez – Et comment je fais pour chercher du courrier, puisque je suis un fantôme ?
Zeno – Dis à ma mère de me l'apporter.
Orez – Et comment je dis à ta mère de te l'apporter alors qu'elle est occupée à donner ses miches aux gens ?
Zeno – C'est bon, j'y vais. Je devais me lever de toute façon, j'ai faim.

Il se lève lentement et sort mollement de la maison.

Zeno – C'est ce truc par terre, là ?
Orez – Ah ça oui, tu as tout compris.
Zeno – J'ai une tronche à me fatiguer à me baisser pour ramasser un bout de papier ?
Orez – Oui, parce que c'est un pigeon de Dictaque, et lire un pigeon de Dictaque, c'est la base.
Zeno – Bon, mais après il faudra que je reprenne des forces.

Il ramasse la lettre, et lit : « Zeno, au château. Et que ça saute. Signé : l'unique Dictaque ludique te nique (à prononcer rapidement dix fois) »

Zeno – Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter d'être dérangé comme ça ?
Orez – Rien, c'est justement ça le problème.
Zeno – Bon, je vais manger, prendre un sac de nourriture, et j'y vais. J'espère qu'il a des canapés confortables.
Orez – C'est cool ton truc, je ne suis encore jamais allé au château.

Une fois restauré, Zeno se dirige vers l'annexe de la maison, qui sert de boulangerie, où Madame Bleu est aux fourneaux.

Zeno – Il te reste des trucs à manger pour emporter ?
Madame Bleu – Tu vas où ?
Orez – Ma réponse ne va pas te plaire !
Zeno – Chut, oiseau de malheur. (à Madame Bleu) Il faut que j'aille chez Dictaque.
Madame Bleu – Comment ça ? Depuis quand ?
Zeno – C'est le pigeon, là. (il montre le bout de papier en l'agitant et le range aussitôt dans sa poche sans qu'il soit possible d'en apercevoir le contenu)
Madame Bleu – Et voilà, ça devait arriver, à force de ne rien faire. Et il te veut quoi ?
Zeno – Sais pas.
Madame Bleu – Et tu vas y aller tout seul ?
Zeno – Il demande Zeno, et je suis le seul à m'appeler comme ça, à ce que je sache.
Madame Bleu – Sans blague ?
Orez – Moi aussi j'y vais, parce que c'est vraiment comme ça qu'il faut faire.
Madame Bleu – Très bien, comme ça si quelque chose ne va pas, tu viens me prévenir, mon petit Orez.
Orez – Oui, si c'est comme ça qu'il faut faire, alors je le ferai. C'est la base.

Zeno commence à remplir sa besace de provisions.

Zeno – Bon ça suffit comme ça, sinon c'est trop lourd.
Madame Bleu – Fais-moi un gros poutou avant de partir et fais attention à toi !
Zeno – T'inquiète, je gère.

Une fois dehors, Zeno se dirige vers la maison de sa voisine, Méoui. Il frappe à la porte.
Pas de réponse.

Orez – Frappe plus fort !

Zeno assène un brutal coup de pied dans la porte.

Méoui – Hé, pas la peine de défoncer ma porte !
Zeno – T'es déjà allée chez Dictaque, non ?
Méoui – Oui, la fois où j'ai mordu un de ses messagers…
Zeno – Ah oui, c'est ça, il t'avait dit quoi, déjà ?
Méoui – Il m'a convoquée pour me dire qu'il ne faut pas mordre les gens en-dehors des soirées prévues à cet effet. Pourquoi ?
Zeno – Il veut que je monte au château mais je sais pas pourquoi. T'as pas des recommandations à me faire ?
Méoui – Il est très gentil, tu n'as pas de souci à te faire si tu es tranquille, et on sait bien qu'il n'y a pas plus tranquille que toi ! Mais méfie-toi de Tipiaque si elle est avec lui. Elle n'aime pas les villageois et elle peut se montrer méchante. Elle m'a dit que si je voulais manger les enfants, il ne fallait pas le faire en public. C'est horrible ! Peut-être qu'elle mange les enfants !
Zeno – Bah, j'aime pas les marmots.
Méoui – J'espère que ce n'est rien de grave pour toi. Tu nous envoies un pigeon si tu dois rester là-bas, pour qu'on ne s'inquiète pas !
Zeno – C'est pas gagné, ce satané fantôme en mousse a fait peur au mien, de pigeon. (il agite à nouveau le bout de papier)
Méoui – Mais il ne va rien t'arriver, n'est-ce pas ?
Zeno – Je ne mords pas les gens.
Méoui – Certes ! Bon courage alors !
Zeno – Ouais, à toute.

Zeno se dirige vers le château.

Orez – Et alors, on ne va pas prévenir Lanterne ?
Zeno – Trop loin, flemme.
Orez – Mais pourtant tu as prévenu Méoui ?
Zeno – Justement, elle est plus près.
Orez – Mais pourtant c'est ta sœur ?
Zeno – Méoui lui dira que je suis parti.
Orez – Et si tu ne reviens pas ?
Zeno – Je vais chez Dictaque, pas chez le Baron. Je reviendrai forcément.
Orez – Et pourquoi tu ne vas pas chez le Baron ?
Zeno – Trop loin, flemme.
Orez – Et si c'était plus près tu irais ?
Zeno – Non.
Orez – Pourquoi ?
Zeno – J'ai faim.
Orez – Tu n'y vas pas parce que tu as faim ?
Zeno – Non, j'ai vraiment faim. Toute cette colline à grimper, c'est épuisant, ça creuse.
Orez – Tu viens à peine de commencer !
Zeno – Justement, ça commence à être épuisant.
Orez – Je ne te le fais pas dire !
Zeno – Genre tu connais la fatigue !
Orez – J'essaie juste d'être compatissant.
Zeno – Si tu étais toujours vivant, j'aurais demandé à Malus et Rubrique de créer une potion qui multiplie la taille de celui qui la boit par dix, et j'y serais allé sur ton dos.
Orez – Si j'étais toujours vivant, tu aurais une bouche de plus à nourrir !
Zeno – M'en fous, c'est pas moi qui fais le pain.

Zeno finit par arriver aux portes du château. À sa grande surprise, il n'y a pas de garde. Il y a seulement une entrée voûtée avec une lourde porte fermée au bout de quelques mètres de tunnel.

Zeno – Allô ?

Après quelques secondes de silence, la voix de Dictaque sort d'au-dessus de la porte d'entrée.

Dictaque – Stwah l'eau.
Zeno – Dictaque, c'est Zeno. Je suis là, donc vous pouvez m'ouvrir.
Dictaque – C'est ouvert.
Zeno – Mais la porte est lourde, non ?
Dictaque – Stwah qui est lourd.
Zeno – Bon, je fais comme chez moi alors ?
Dictaque – Fais comme chez toi mais n'oublie pas que tu ne l'es pas.

Zeno pousse péniblement la lourde porte et arrive dans une cour. Il y a trois portes sur chaque mur sauf celui de la porte d'entrée, et un petit homme à l'allure malicieuse s'avance.

Didier Houx – Zeno,
Zeno – Oui ?
Didier Houx – Didier Houx,
Zeno – Heu, vous êtes qui ?
Didier Houx – Je viens de vous le dire.
Zeno – On se connaît ?
Didier Houx – Non.
Zeno – Et c'est quoi ce délire ?
Didier Houx – Il y a neuf portes. Chacune numérotée de sept à orange. Derrière l'une de ces neuf portes, se trouve le maître des lieux. Chacune de ces neuf portes est neuve. Derrière neuf d'entre elles, on ne trouve ni œuf ni lieu. Sachant que l'œuf de poisson est antérieur à la poule, que vous pouvez trouver une orange de neuf mètres derrière l'une des portes, que vous pouvez mettre des bottes de sept lieux pour ouvrir autant de portes que vous le voulez, et que sept de ces portes vous empêchent d'en ouvrir d'autres par la suite, quelle est la probabilité qu'en ouvrant une porte, vous voyiez une suite avec dedans une poule avec des dents ?
Zeno – Ça dépend, c'est laquelle celle de Dictaque ?
Didier Houx – Celle qui vous botte.
Zeno – Mais encore ?
Didier Houx – Il faut répondre à la question.
Zeno – Ou pas.
Didier Houx – Alors vous ne verrez pas Dictaque.
Zeno – J'ai rien demandé moi, c'est lui qui veut me voir.
Didier Houx – Mais il veut que vous répondiez à la question.
Zeno – Preuves.
Didier Houx – J'étais là avant vous.
Zeno – Non.
Didier Houx – Vous ne faites pas avancer le Spielkünz.
Zeno – Non.
Didier Houx – Vous ne répondrez pas à la question ?
Zeno – Non.
Didier Houx – Vous savez dire autre chose que non ?
Zeno – Oui.
Didier Houx – Vous voulez décevoir Dictaque ?
Zeno – Non.
Didier Houx – Pourquoi ne pas répondre alors ?
Zeno – La flemme.
Didier Houx – D'accord. Vous êtes donc bien la personne attendue.
Zeno – C'est bon, je peux rentrer ?
Didier Houx – Ça ne tient qu'à vous.
Zeno – J'ouvre quelle porte ?
Didier Houx – Comme vous voulez, elles mènent toutes au même couloir. Il fait le tour de la cour et il vous emmènera à des escaliers qui montent au-dessus de la porte d'entrée. Maintenant je vous laisse, j'ai du fromage à affiner.

Le petit homme disparaît par une porte invisible dans le mur de la porte d'entrée, à droite de cette dernière du point de vue de la cour, donc sur la gauche en sortant de l’entrée.

Orez – Étrange.
Zeno – Bon, tu vas rester là, on n'emmène pas de fantôme chez le roi.
Orez – Et je peux regarder par la fenêtre ?
Zeno – Si tu veux, m'en fous.

Pour éviter de croiser Didier Houx à nouveau, Zeno décide d'emprunter la porte la plus à droite du mur de gauche (du point de vue de la cour), donc à droite en sortant de l’entrée (et sur la gauche de la porte invisible). Il se retrouve dans un long couloir, avec à gauche un coude vers la gauche et à droite des escaliers qui montent et tournent vers la droite. Bref, il parvient à frapper à la porte de la salle de Dictaque, dans laquelle se trouve également la reine Tipiaque.

Dictaque – Entrez !
Tipiaque – Essuie-toi les pieds !

Zeno pénètre dans une pièce cossue au décor luxueux, aux couleurs dominantes rouge et doré. Alors qu'il s'attendait à deux trônes, il voit Dictaque dans un confortable canapé noir à 3 places, face à un feu de cheminée. Sur une table basse devant lui, on trouve une bière et une carte de la Couteaurie avec des petits personnages en bois dessus. Tipiaque est dos à lui dans une balancelle, et sirote un jus de fruits en regardant le village par la fenêtre.

Zeno – Dictaque, Tipiaque,
Dictaque – Zeno,
Tipiaque – Zeno,
Dictaque – Prends place sur ce magnifique canapé.
Zeno – Avec plaisir, Dictaque.
Dictaque – Mon cher Zeno, l'heure est grave !
Zeno – Pourquoi, c'est l'heure du repas ?
Dictaque – Non non, valeureux Zeno, bien plus grave… Il s'agit d'un problème d'utilité publique… Je pourrais faire de toi un héros.
Tipiaque – Pourquoi tu parles comme ça ?
Dictaque – T'as raison, on s'en fout. Bon, en gros t'es là parce qu'on est courts, comme ta… bref, courts en gemme de Lock, qu'on sait qu'il existe quelque part en Couteaurie une gemme de Lock géante, que t'es le seul qui fout rien par ici, et que t'es suffisamment têtu pour finir par la trouver, m'voyez.
Zeno – Pourquoi moi ?
Tipiaque – Le monsieur vient de te le dire.
Zeno – Le monsieur n'est pas très précis.
Tipiaque – Bien, je t'explique. Comme tous nos sujets, tu connais l'existence du Parasite, tu sais ce qu'est la gemme de Lock, et pourquoi il est important qu'on en possède. Mais voici plusieurs mois que personne n'a extrait cette gemme dans nos carrières. Les derniers morceaux qu'on a envoyé au Parasite ne vont pas tarder à être vidés de leur substance, et il pourra alors commencer à se développer de nouveau. On a envoyé nos carriéristes sur de nouveaux lieux d'extraction, mais ils sont moins riches en gemme et ça leur demande beaucoup d'efforts pour pas assez de résultats. On a donc demandé à notre cher savant, Rubrique, s'il avait une solution. Il a parlé de l'existence d'une gemme de Lock géante qui serait enfermée dans un coffre au trésor hermétique, quelque part en Couteaurie. En fait, les anciens racontent que si le Parasite est retranché dans les oubliettes du château du Baron Melody, c'est parce qu'une aventurière courageuse, Ouche, munie de cette gemme géante, l'a poussé à s'y déplacer pour réduire au maximum ses émanations nocives. Mais personne ne sait ce qu'est ensuite devenue Ouche, et personne n'a revu cette gemme géante. C'est pourquoi, compte tenu de l'urgence de la situation, l'olibrius qui se trouve sur le même canapé que toi a décidé de confier une mission de la plus haute importance à l'un de ses sujets préférés : retrouver la gemme de Lock géante. Le problème, c'est qu'on a vraiment besoin de l'ensemble de nos troupes carriéristes et de toute personne présentant une utilité au fonctionnement de Lofford, et que les autres sont des mercenaires et vulgaires voleurs qui en retrouvant la pierre risqueraient de réclamer beaucoup d'argent avant de nous la restituer. Il nous fallait donc une personne qui ne soit pas animée de mauvaises intentions, et dont l'absence au village ne serait pas pénalisante. Et cette personne, c'est toi.
Zeno – En gros, je sers à rien mais je suis gentil donc je vais faire ce que vous demandez ?
Tipiaque – C'est pas comme ça qu'il faut le prendre, on t'a choisi parce qu'on a confiance en toi.
Dictaque – Sérieux mec, tu vas vraiment être un héros si tu réussis.
Zeno – Et si je réussis pas ?
Tipiaque – Il voulait dire « quand tu auras réussi ».
Zeno – On mange bien quand on est un héros ?
Dictaque – Ça se pourrait bien.
Zeno – J'imagine que je peux pas refuser ?
Dictaque – Tout à fait.
Zeno – C'est quoi les détails de la mission ?
Dictaque – Il n'y en a pas.
Zeno – Donc je dois trouver le machin géant pour repousser le Parasite sinon on va tous mourir, on sait pas où il est et on sait pas à quoi il ressemble ?
Dictaque – Il est vert.
Tipiaque – La légende raconte que sa pureté est telle que sa couleur attire l'œil humain plus que tout au monde.
Dictaque – Donc il est vert.
Tipiaque – Je préfère comme je l'ai dit.
Dictaque – Faut être efficace, t'as vu.
Tipiaque – Mouais… T'en penses quoi Zeno ?
Zeno – C'est bon à savoir que je cherche un truc vert dans un royaume plein d'herbe et d'arbres.
Dictaque – C'est pas facile à dire plusieurs fois de suite, ça : d'herbe et d'arbres et d'herbe et d'arbres et d'herbe et…
Tipiaque(l'interrompant) Niouf !
Dictaque – Et sinon, détail important : il paraît qu'il est caché dans une malle.
Zeno – Quel genre de malle ?
Tipiaque – Un coffre d'apparence ancienne, en bois verni et aux charnières en fer, d'une taille suffisante pour être transporté par une seule personne, mais néanmoins assez importante pour ne pas l'être sans peine.
Dictaque – Une malle, quoi.
Tipiaque – Mufle.
Zeno – C'est bon à savoir que je cherche un truc en bois dans un royaume plein de terre et de forêts.
Dictaque – Si tu veux des babioles d'aventurier, demande à ce bon vieux Didier Houx, il te les fournira. Et si tu peux, envoie-moi un pigeon quand tu trouves ce que tu dois trouver et que tu vas trouver sinon on est mal barrés.
Zeno – Ok.
Dictaque – À plus.
Tipiaque – Bonne chance mon petit Zeno.
Zeno – Mmh.

Il ressort par où il est entré et se retrouve dans la cour.

Orez – Alors, c'était bien ?
Zeno – Il veut que je trouve un truc vert géant sinon le Parasite va se développer.
Orez – Houuu, tu as la pression…
Zeno – J'aime pas travailler sous pression.
Orez – Ah oui, attends, je recommence : houuu, tu as un travail…
Zeno – C'est bon, on se tire.
Orez – Il t'a rien dit d'autre ? Il t'a pas donné d'épée incandescente ni d'artefacts magiques ?
Zeno – Ah ouais, faut que je retrouve le timbré qui traîne par là…
Didier Houx – On m'appelle ?
Zeno – Comment vous savez que j'ai besoin de vous ?
Didier Houx – À votre avis ?
Zeno – J'en sais rien et en fait je m'en fous un peu.
Didier Houx – C'est pas en répondant aussi mal que je vais vous donner quelque chose.
Zeno – Dictaque veut que j'aille chercher la chose verte qui repousse le Parasite.
Didier Houx – Oui, je suis au courant. Il vous faut un équipement d'aventurier. Parce que bon, le vôtre… Suivez-moi.
Zeno – Qu'est-ce qu'il a le mien ?

Zeno et Didier Houx entrent dans la porte par laquelle ce dernier s'était éclipsé lors de leur dernière rencontre.

Didier Houx – Disons que si Dictaque délivrait ses missions en basant exclusivement sa sélection quant à la probabilité de réussite sur le caractère adapté auxdites missions de l'accoutrement du candidat, il n'eût pas seulement fallu une carence évidente de postulants pour qu'il vous en confiasse la tâche, mais également un sérieux manque de discernement vraisemblablement dû à l'inhalation immodérée d'un quelconque produit aux propriétés cérébrales douteuses ou bien à un récent excès de consommation d'un sombre breuvage abolissant manifestement l'excellent sens de l'analyse qui caractérise notre supérieur hiérarchique commun.
Zeno – Il dit qu'il voit pas le rapport.
Didier Houx – Vous savez manier une arme ?
Zeno – Le couteau pour couper les pizzas, ça compte ?
Didier Houx – Oui. Je vais donc vous donner deux dagues, ainsi bien sûr que cette magnifique tenue renforcée agrémentée de ce superbe casque mat qui vous permettra de rester discret en tous lieux.
Zeno – Classe. Et vous sauriez pas où je dois aller pour chercher cette foutue gemme ?
Didier Houx – Non, mais je connais un dicton ancestral qui est la seule indication que nous connaissons sur son emplacement : « où qu'Ouche eût chu, gemme à Lock eut ».
Zeno – Pardon ?
Didier Houx – Prenez vos affaires et méditez là-dessus. Maintenant je vous laisse, j'ai du fromage à affiner.

Le petit homme soulève une trappe au centre de la pièce, emprunte une échelle dans une pièce semblant mal éclairée, et referme derrière lui. Zeno s'équipe et ressort par là où il est entré.

Orez – Hé bin, sacré accoutrement !
Zeno – Ce qu'il faut pas faire pour être un héros.
Orez – Et comment on fait quand on ne sait pas ce qu'on cherche ?
Zeno – J'ai une vague idée mais par contre je sais absolument pas où ce bidule peut bien être.
Orez – Et comment on fait pour chercher une aiguille dans une botte de foin ?
Zeno – Je vais faire le tour du village, peut-être que quelqu'un saura me renseigner.

Après une descente tranquille vers le village, Zeno décide de commencer par interroger sa mère.

Madame Bleu – Ah, te voilà ! C'était pour quoi ? Et pourquoi t'es habillé comme ça ?
Zeno – Il veut que je retrouve une gemme géante pour sauver le monde mais il sait pas où.
Madame Bleu – Il peut pas le faire lui-même, ce feignant ?
Zeno – Il dit qu'un héros ça mange bien.
Madame Bleu – Mais attends, ça veut dire que tu as du travail ! Incroyable !
Zeno – J'aurais préféré commencer par quelque chose de moins difficile, je sais pas moi, testeur de canapés royaux par exemple…
Madame Bleu – Non non, c'est très bien, ça va te bouger. Je suis déjà fière de toi ! Tu pars quand ?
Zeno – Heu, là, je suis sensé être parti.
Madame Bleu – Oh, je vois que tu as des armes ! Tu fais partie de la sécurité maintenant ?
Zeno – Non, c'est juste qu'il allait pas m'envoyer en mission avec un bouquet de roses.
Madame Bleu – Et tu sais t'en servir ?
Zeno – Ça doit pas être très compliqué… De toute façon, ça fait tellement longtemps que les armes sont sensées être interdites que si je croise un voleur qui vient d'en piquer une à quelqu'un de la sécurité, il sera pas beaucoup mieux entraîné que moi.
Madame Bleu – J'espère bien ! Tiens, prends ton oreiller, les aventuriers doivent bien dormir pour tuer des monstres.
Zeno – J'ai pas de monstres à tuer, j'ai juste un truc vert à récupérer et après je retourne dormir.
Madame Bleu – Mais si, et prends des petits gâteaux, et envoie-moi Orez si ça se passe mal pour toi.
Zeno – Y a pas de raison que ça se passe mal.

Zeno met les gâteaux dans sa besace, ainsi qu'un pain aux olives récemment sorti du four.

Madame Bleu – Gros bisous mon héros, fais attention !
Zeno – Ouais, à toute.

Suivant sa logique du moindre effort, Zeno frappe à la porte de la voisine, Méoui.

Méoui – Tiens, qui revoilà ! Alors ça y est, Dictaque t'a transformé en aventurier donc maintenant tu sais frapper aux portes, c'est bien !
Zeno – Il veut que j'aille récupérer une gemme de Lock géante pour sauver le monde du Parasite, ça te dit quelque chose ?
Méoui – Oui, mais tout ce que je sais, c'est que personne ne sait rien !
Zeno – Vraiment ?
Méoui – Oui, mais tu peux toujours demander à la taverne s'ils ont entendu des rumeurs sur le sujet, ou au Baron vu qu'il est le premier concerné…
Zeno – Hm, pas gagné cette histoire…
Méoui – Hé, tu croyais qu'il allait te demander d'aller lui cueillir des marguerites ?
Zeno – Bah je sais pas moi, si ça se trouve ça produit les mêmes effets.
Méoui – Ça m'étonnerait, le Parasite est extrêmement résistant.
Zeno – Bon, bin je vais voir au bar si j'y suis.
Méoui – Bon voyage !
Zeno – Si tu le dis.

Zeno se dirige vers la taverne, et y entre tandis qu'Orez reste dehors. Il n'est pas encore midi, donc seule la tavernière est présente. Elle est derrière le comptoir et dessine.

Noumène Embatto – Le p'tit Zeno ! C'est pas encore l'heure de manger mon gars.
Zeno – Il n'y a pas d'heure pour manger.
Noumène Embatto – Si tu viens encore me demander du travail, je t'ai déjà dit que je veux que tu t'achètes un dynamisme avant. Mais t'as pas les vêtements d'un type qui veut bosser ici donc je t'écoute.
Zeno – Je peux avoir une chope de bière ?
Noumène Embatto – Yep, ça c'est possible.

La tavernière pose son crayon et sert son client.

Noumène Embatto – C'est quoi ton souci ?
Zeno – Je vais te la faire courte…
Noumène Embatto – Non merci, pas intéressée, au revoir.
Zeno – Hein ?
Noumène Embatto – Humour. Poursuit.
Zeno – Bon. Dictaque m'a donné une mission importante : il veut que je trouve une gemme de Lock légendaire qui serait cachée dans une malle. Sauf que personne sait où est cette pierre ou cette malle, donc je suis mal.
Noumène Embatto – Je vois, et tu veux que je te donne les infos que j'ai glanées çà et là en tendant involontairement une oreille attentive lorsque mes clients abordent des sujets mystérieux…
Zeno – Ça serait sympa.
Noumène Embatto – Je ne suis pas sympa.
Zeno – Mais sinon Dictaque ne sera pas content et on va tous mourir.
Noumène Embatto – Oh, quel dommage… Mais non.
Zeno – Est-ce que tu sais quelque chose, au moins ?
Noumène Embatto – Aha !
Zeno – Bon, tu ne sais rien. Je vais voir ailleurs.

Il tourne les talons et s'apprête à sortir.

Noumène Embatto – C'est bon, reviens, je plaisante ! Finis ta bière. J'ai une anecdote qui ressemble à ta mission.

Zeno revient vers le bar en grommellant, s'asseoit sur un tabouret haut, et boit une gorgée de bière. Noumène Embatto essuie une chope, la repose, et s'appuie sur le comptoir.

Noumène Embatto – Écoute. Il y a quelques années, j'ai eu deux types particulièrement louches qui sont venus. Ils s'étaient mis dans le coin là-bas, mais c'étaient les derniers clients donc j'entendais un peu ce qu'ils racontaient. Ils étaient tous les deux habillés comme des mages, l'un avait une robe à capuche gris clair et l'autre beige. Je ne les avais jamais vus avant, je ne les ai jamais revus depuis. Ils parlaient de « mettre la gemme en sécurité », et de trucs religieux. Ils disaient qu'il fallait vénérer je-sais-plus-qui pour que la gemme leur transmette la puissance divine, et tout le tintouin. Ils semblaient vouloir construire un monument, un lieu de culte, ou quelque chose dans ce style. Mais ils étaient profondément en désaccord sur l'endroit et la manière de le faire. Ils avançaient des arguments géothermiques et astrologiques auxquels je comprenais que dalle, surtout que je faisais autre chose en même temps. Mais à un moment, ils ont parlé du Baron, et ont semblé davantage en accord. Donc si ça se trouve, ces hurluberlus ont planqué ton caillou au fin fond de l'impénétrable bois de Forêtnoire…

Zeno paie sa bière en laissant un pourboire en guise de remerciement.

Zeno – C'est fâcheux.
Noumène Embatto – Après, moi j'dis ça, j'dis rien. J'irai jamais mettre les pieds là-bas. Tu fais ce que tu veux.
Zeno – J'ai jamais rencontré le Baron mais il paraît qu'il est cool.
Noumène Embatto – Je confirme, mais sa forêt l'est moins. Il y a des sales bestioles et des types bizarres qui vivent là-dedans. Certains ont même vu un monstre.
Zeno – Mwarf.
Noumène Embatto – Comme tu dis.
Zeno – Bon, c'est pas tout ça mais j'ai une malle à trouver, donc je me fais la malle.
Noumène Embatto – À plus mon gus.
Zeno – Stwah.

Il sort de la taverne.

Orez – Alors, on va où ?
Zeno – Chez le Baron.
Orez – Tu crois qu'il y aurait la gemme qui repousse le Parasite à quelques mètres du Parasite ?
Zeno – Ça m'étonnerait, mais il doit y avoir des indices là-bas. Je vais demander à Lanterne comment on y va.

Zeno se dirige vers chez sa sœur, qui donne à manger à ses chats dans la petite cour devant sa maison.

Lanterne – C'est pas pour toi !
Zeno – Encore heureux, je mange pas de ce truc.
Lanterne – Alors, il paraît que tu joues les aventuriers pour le grand chef ?
Zeno – Les nouvelles vont vite.
Lanterne – C'est quoi cette histoire de pierre précieuse ?
Zeno – C'est pour enrayer le développement du Parasite pour un bon moment. Personne ne sait où c'est, mais il est sensé y avoir des indices vers le château du Baron.
Lanterne – Mais encore ?
Zeno – Il doit y avoir une sorte de sanctuaire par là-bas. J'y suis jamais allé, t'as des conseils à me donner ?
Lanterne – Ouais, mais je sais pas si t'es suffisamment sage pour les entendre !
Zeno – Mais vas-y, fais pas ta morue.
Orez – Ovazy là !
Lanterne – Et j'ai quoi en échange, hein ?
Zeno – J'épargne tes chats.
Lanterne – Tu les touches et ce soir je mange du héros fumé aux fines herbes.
Zeno – Ça me donne faim.
Lanterne – C'est ça, change de sujet !
Zeno – C'est ce que je fais.
Lanterne – Bon, sérieusement, t'y vas comme ça, les mains dans les poches ?
Zeno – J'ai des dagues qui coupent super bien les pizza, tu m'as pris pour un bleu ?
Lanterne – Tu vas t'en prendre, des bleus !
Zeno – Alors, tu causes ?
Orez – Et comment on fait pour rentrer ?
Lanterne – En fait c'est plutôt simple : soit tu traverses la forêt impénétrable et dangereuse qui entoure le château, soit tu prends l'entrée principale.
Zeno – Ça sent le traquenard : qu'est-ce qui m'empêche de prendre l'entrée principale ?
Lanterne – En théorie le Baron laisse l'accès libre à son château, mais il y a un gardien. C’est le seul à ne pas savoir qu’on peut rentrer chez le Baron comme on veut, mais il est laissé là pour éviter qu’il sème la zizanie chez nous. Il est à moitié fou et il raconte n'importe quoi, donc il fera tout pour t'empêcher de passer. Il faut juste réussir à le distraire, à passer quand il dort, ou à être suffisamment convaincant dans le mensonge : tu ne pourras pas négocier avec lui.
Zeno – Ça s'annonce bien.
Lanterne – T'inquiète pas, il est pas très doué, c'est pas si compliqué de le franchir. Moi quand je vais soigner le Baron ou un de ses employés, je fais semblant d'être affolée et j'approche une seringue de sa tête en disant que je dois impérativement voir le Baron qui est mourant, je le secoue par les épaules, et c'est bon, il est convaincu. C'est encore mieux quand il vient de se réveiller !
Zeno – Défi intéressant.
Orez – C'est bien, tu commences à avoir l'esprit d'un héros !
Lanterne – C'est vrai, ça te fera un entraînement pour la suite, si tu dois partir vers des contrées lointaines et hostiles.
Zeno – Si tu le dis.
Lanterne – Attends, je vais te chercher un petit kit de premiers soins. Tu pars combien de temps ?
Zeno – Je sais pas, pas trop longtemps j'espère. Si je traîne trop on va tous mourir donc ça serait ballot.

Lanterne rentre chez elle en laissant la porte ouverte.

Lanterne – T'as plutôt intérêt à pas traîner, oui !

Elle revient avec le nécessaire.

Lanterne – Voilà, tu accroches ça ici et ça ira bien.
Zeno – Je vais ressembler à un sapin de Noël si ça continue.
Lanterne – Ouais, tu ressembles à rien mais on t'en voudra pas si tu nous sauves du Parasite.
Zeno – Et si je vous sauve pas vous ne m'en voudrez pas non plus puisque vous serez occis.
Lanterne – Magne-toi le derrière alors ! C'est par là-bas le château !
Zeno – J'y vais, maintenant que tu m'as bien éclairé.
Lanterne – À la prochaine vous deux !
Orez – Au revoir !

Zeno se dirige vers la sortie de la ville. Il s'approche des dernières habitations de Lofford avant le chemin de terre menant au château du Baron, quand il se fait interpeller par deux individus.

Le Requin – Hep, tu vas où toi ?
Brocoli – Tu vas au carnaval ? Y a quoi dans ton sac ?
Le Requin – Tu me files ton casque ?
Zeno – Barrez-vous, j'ai du boulot.

Le Requin bouscule Zeno pour qu'il s'arrête.

Le Requin – Ho tu me bouscules en plus ! Tu te prends pour qui ?
Brocoli – À ta place je ferais pas le malin et je paierais le droit de passage pour sortir.
Le Requin – Ouais, et tu me files ton casque aussi.
Brocoli – Allez, fais pas le héros et sois gentil avec nous.
Zeno – Vous croyez que j'ai peur de deux minables qui se prennent pour des gros durs ?

Brocoli sort un poignard de sa botte droite et l'approche de la tête de Zeno, pendant que Le Requin se place dans son dos.

Brocoli – Tu peux répéter ?

Zeno reste impassible. Tout à coup, il dégaine sa dague droite avec une vélocité surprenante et entaille la main de Brocoli. En se penchant soudainement en arrière pour éviter une éventuelle attaque de son adversaire, il donne involontairement un coup de tête au Requin avec son casque. Se rendant compte que ce dernier était plus près que prévu, et voyant Brocoli lâcher son arme à cause de sa main blessée, il lui assène un violent coup de coude dans l'estomac avec le bras gauche, ce qui lui coupe le souffle. Il sort sa dague gauche pour éviter une attaque du Requin, tout en tenant en respect Brocoli avec la droite, ce qui l'empêche de ramasser son poignard. Zeno reprend suffisamment de souffle pour crier.

Zeno – Sécurité !

En entendant cela, Brocoli prend ses jambes à son cou. Zeno le laisse partir et s'approche du Requin pour l'empêcher de s'enfuir également. Arrivent alors deux membres de la sécurité. Ils se dépêchent d'entourer Zeno et le Requin.

Sournois – Holà, qu'est-ce qui se passe ici ?
Zeno – Ça se voit pas ?
Sournois – Mais c'est ce bon vieux Zeno ! Tes nouvelles armes sont déjà usées ?
Zeno – Vite fait.
Chelem – Des traces de sang et personne ne semble blessé. Hum. Un second agresseur a dû lâchement détaler. Hum hum, il y a un poignard, là.
Zeno – Ouais, il y avait un autre type.
Chelem – Hum, c'est embêtant.
Sournois – Bon, t'inquiète, on connaît celui-ci. On récupère le poignard, on le force à lire des poèmes à l'eau de rose toute la nuit, et on le relâche.
Le Requin – Rah, c'est cruel !
Chelem – Stwah.
Sournois – Voilà, tu peux reprendre une activité normale.
Zeno – J'espère bien. À plus.

Une fois tranquille sur le chemin menant au château, Zeno ouvre sa besace.

Zeno – J'ai faim.
Orez – À ce rythme-là on va vite être à sec !
Zeno – Je demanderai à manger au Baron.
Orez – Attention, je vois un individu dangereux qui arrive en face !
Zeno – Dangereux en quoi ?
Orez – Bin, il arrive en face, quoi.
Zeno – Et alors, tous les types que je croise ne sont pas sensés me barrer la route.
Orez – Tu verras bien, il a l'air de vouloir te parler, vu comment il te regarde.
Zeno – Tiens, je crois que je le connais en fait…

Le passant salue Zeno de la main.

Le Gnou – Zeno,
Zeno – Le Gnou,
Le Gnou – Tu vas voir le Baron ?
Zeno – Non, je vais cueillir des mûres.
Le Gnou – Quand tu l'auras passé, dis à Taxi que tu viens de ma part et cours.
Zeno – T'as pas réussi à rentrer ?
Le Gnou – Je viens la nuit, quand il dort. Je ressors toujours le jour parce que ça l'énerve et que je peux débattre avec lui pendant plusieurs heures. Il est borné et j'ai toujours des arguments contre lui, je m'amuse bien.
Zeno – Comment ça ?
Le Gnou – On se déteste parce qu'on n'est d'accord sur rien. Tant que tu ne lui parles pas de liberté d'aller et venir, que tu ne caches pas ton identité, que tu ne lui dis pas qu'il ne sert à rien et que ce qu'il fait est débile, il peut croire les balivernes que tu lui diras pour passer. S'il est de mauvaise humeur, ça sera plus compliqué. Et là j'en viens, donc il est de mauvaise humeur.
Zeno – Merci bien, le Gnou.
Le Gnou – C'est dans la difficulté qu'on avance.
Zeno – Jusqu'ici je m'en sortais très bien dans la facilité.
Orez – Feignasse !
Zeno – On t'a pas sonné, toi.
Orez – On est pressés !
Zeno – C'est pas faux.
Le Gnou – Vous en avez pas l'air.
Zeno – Certes, mais ce piaf de malheur n'a pas tort.
Le Gnou – Bon courage, dans ce cas.
Zeno – 'rci.

Peu après, Zeno parvient enfin à l'entrée de la propriété du Baron. Son gardien est armé d'une lance. Sa maison est à droite de l'entrée, qui ne dispose pas de portail. Néanmoins, d'épais et hauts buissons s'enfonçant dans la forêt de part et d'autre du chemin font office de murs.

Taxi – Halte ! Qui va là ?
Zeno – Taxi,
Taxi – Qui va là ?
Zeno – Zeno.
Taxi – Zeno, on ne passe pas ! Et c'est quoi ce truc ?
Orez – Je m'appelle Orez et je suis un fantôme, donc je passe à travers les buissons.
Taxi – Orez, on ne passe pas !
Zeno – Le Baron nous attend.
Taxi – Je suis pas au courant, donc c'est faux !
Orez – Et pourquoi on ne peut pas passer ?
Taxi – Parce que c'est comme ça !
Zeno – Mais encore ?
Taxi – Le château du Baron est le seul endroit sans voleurs ! Et je suis le gardien de ce havre de paix et de quiétude !
Zeno – Il y a un parasite dans ce havre.
Taxi – C'est pour manger les intrus !
Zeno – Vas-y Orez, je te rejoins.
Orez – Ah ça oui, j'ai tout compris.

Orez passe par-dessus Taxi et vole au-dessus du chemin principal du château, à une hauteur suffisante pour que Taxi ne l'atteigne qu'avec sa lance.

Taxi – Hé, stop ! Reste là !
Orez – C'est normal que je passe, puisque je suis un fantôme.

Taxi agite maladroitement sa lance pour essayer de harponner Orez qui poursuit tranquillement son chemin. Zeno en profite pour rentrer à son tour et se cache derrière un arbre, du côté droit de l'entrée. Il reste dans l'obscurité de l'orée du bois et regarde Taxi combattre vainement et bruyamment Orez. Puis Taxi, semblant se rendre compte qu'il est loin de son poste, s'arrête net et brandit un poing rageur à destination de l'oiseau fantôme en l'abreuvant de jurons. Il revient vers son poste en regardant dans tous les sens autour de lui, semblant chercher Zeno, qui reste tapi dans un buisson. Une fois le gardien revenu à sa place, Zeno sort de sa cachette et marche rapidement dans une allée fleurie, en se baissant légèrement et en regardant de temps à autre à destination de l'entrée. Il constate à un moment que Taxi, qui marche devant l'entrée, ne regarde jamais à l'intérieur du château. Il se redresse et rejoint Orez, qui attend devant la double porte sur le palier de la demeure.

Orez – Y a rien pour prévenir qu'on est là. Il va falloir frapper.
Zeno – Stwah qui est frappé.

Soudain, la porte s'ouvre.

Face de craie – Oh, des visiteurs ! J'allais dehors, mais bienvenue dedans.
Zeno – Je crois que vous avez un peu de craie sur le nez. Il est là le Baron ?
Face de craie – Heu, sans doute. Peut-être à l'étage. Ou pas, qui sait. Ce qui est sûr c'est que maintenant la serre a de jolis vitraux colorés.
Zeno – Je peux entrer ?
Face de craie – Entrer, écrire sur les murs, clamer des odes, sortir, planter des graines, courir autour du bassin… Respectez juste les êtres vivants.
Orez – Et les êtres morts, un peu de respect aussi !
Face de craie – Les êtres morts, les fantômes vivants, tout ce qu'on veut. Pourquoi vous voulez le voir ?
Zeno – En gros, pour sauver le monde.
Face de craie – Rien que ça.
Zeno – Dictaque m'a demandé d'aller chercher une gemme de Lock géante et le Baron est sensé avoir des infos dont il ignore qu'elles pourraient m'être très utiles.
Face de craie – Diantre. Dans ce cas oui, il est à l'étage, j'en viens.
Zeno – Et sinon, vous avez à manger pour les visiteurs affamés ?
Orez – J'y crois pas !
Face de craie – Je sais pas, il faut voir avec le cuisiner, Nuitdorée. Mais en ce moment il doit s'occuper des rosiers. Parce qu'il est jardinier, aussi.
Zeno – Bon bin je vais voir à l'intérieur si j'y suis.
Face de craie – Moi je vais chercher du bois. Bonne visite.
Zeno – Ce fut un plaisir.

Zeno entre et referme la porte derrière lui. Il se trouve dans un hall aux grandes dalles en damier, avec une porte sur chaque côté et un double escalier croisé en face, laissant entrevoir le premier étage. La pièce ressemble à un musée, avec quelques tableaux de tous styles et des affiches parfois revendicatives au mur, devant lesquels sont disposés plusieurs socles en pierre sur lesquels sont présentés des modelages, des sculptures, des créations artistiques, et même une petite cabane à oiseaux.

Orez – C'est grand ici.
Zeno – Non, c'est toi qui est tout petit. Tiens regarde, il y a ta maison sur ce socle.
Orez – Original, il y a une fausse cheminée dessus.
Zeno – Stwah l'original.
Orez – Alors, on monte ?
Zeno – Bah oui, j'imagine que le Baron ne vit pas dans une cave à côté du Parasite.

En s'approchant des escaliers, Zeno remarque un monte-charges entre les deux étages. Il emprunte l'escalier de gauche et se retrouve dans un large couloir qui fait le tour du premier étage, avec d'un côté de celui-ci une ouverture sur le hall d'accueil et de l'autre côté plusieurs portes identiques sur chaque mur. Une grande vitre au plafond permet de laisser entrer la lumière du jour. Des lianes et du lierre en pendent.

Orez – C'est beau.
Zeno – J'avoue.

Les portes se ressemblant toutes, Zeno frappe à la première. Pas de réponse.

Orez – On entre ?
Zeno – Passe à travers et dis-moi ce qu'il y a d'intéressant.

Orez traverse la porte. Au bout de quelques secondes, il ressort par un mur à quelques mètres à gauche de Zeno.

Orez – Les portes sont larges ! Cette pièce-là est pleine de coussins et de trucs mous partout, et dans l'autre il y a des instruments de musique et plein de bazar.
Zeno – Attends, c'est quoi ce bruit ?

En tendant l'oreille, Zeno prend conscience de bruits de percussion en fond, qui proviennent de la porte située à l'opposé des escaliers. Il s'y dirige et voit une petite pancarte en bois peinte en blanc tenue par une corde également peinte en blanc accrochée à un clou blanc, sur laquelle est délicatement gravée l'inscription : « Par ici ! ».

Zeno – Bon, bin je rentre.

Zeno frappe et tourne la poignée située à gauche de la porte avec sa main droite. En l'ouvrant, il est surpris par la différence de son entre la pièce et le couloir, la porte étant très bien insonorisée. Celle-ci s'ouvre sur une pièce au décor fourni avec une large porte-fenêtre donnant sur un balcon. À droite près de la fenêtre, deux personnes discutent dans des fauteuils, autour d'une boisson posée sur une petite table devant eux. Derrière la porte, une femme joue de la batterie. Au centre de la pièce, deux hommes font une partie de ping-pong. Au premier point gagné par l'un d'eux, ils s'arrêtent pour accueillir le nouvel entrant, pendant que les autres poursuivent leurs activités.

Conductif – Bonjour, je suis le Baron, que puis-je faire pour vous ?
Baron Melody – Plop, je suis le vrai Baron. À qui ai-je l'honneur ?
Zeno – Je suis Zeno et Dictaque m'a demandé de sauver le monde. Donc comme je suis gentil, je le fais.
Baron Melody – Ah oui, on m'a prévenu que tu avais une mission importante et que tu allais venir ici.
Zeno – C'est qui « on » ?
Conductif – C'est Noumène Embatto qui lui a envoyé un pigeon. Au fait, sympa votre oiseau.
Orez – Merci. T'as entendu Zeno, il dit que j'ai la classe !
Zeno – Non, il a dit que t'avais l'air sympa, mais ça c'est parce qu'il ne te connaît pas.
Baron Melody – Alors, quel est l'objet de ta visite ? J'imagine que ça a un rapport avec le Parasite ?
Zeno – Oui, vous devez savoir que ça manque un peu de gemme de Lock par ici.
Baron Melody – Tout à fait.
Zeno – Dictaque dit qu'il en existe une géante quelque part, mais on sait pas où, et on sait pas quelle forme elle a précisément. Et Noumène Embatto m'a dit qu'il y a quelques années, il y a deux mages avec des robes à capuches qui voulaient cacher une gemme magique et qui ont parlé de vous. Ils voulaient construire un truc dans le coin et ça paraissait louche.
Conductif – T'es louche, Baron.
Baron Melody – Stwah qui louche. Et ensuite ?
Zeno – C'est tout.

Le Baron Melody sourit.

Baron Melody – Ah, donc il faut que je me rappelle de deux types que j'ai vu quelques minutes il y a plusieurs années, c'est ça ?
Zeno – Je sais pas si vous les avez vus, je sais juste qu'ils ont parlé de Forêtnoire pour planquer la gemme. Vous devez bien savoir ce qui se passe chez vous, non ?
Baron Melody – Ce qui est sûr c'est que si je les ai vus, je vois pas pourquoi je leur aurai interdit de créer une cachette au trésor dans les bois ou de construire un truc tant qu'ils ne démolissent pas tout.
Zeno – Et si vous les avez pas vus ?
Baron Melody – S'ils ont bâti une cachette, quelqu'un est forcément au courant, il y a beaucoup de monde qui vit dans les bois de Forêtnoire. Il y a des cabanes en bois, une rivière, des terriers… Elle est très très dense et personne ne connaît précisément le peuplement de l'ensemble de la forêt, donc tu n'as qu'à la parcourir pour demander aux habitants s'ils connaissent une construction datant d'il y a quelques années. Les personnes qui y vivent doivent connaître leur secteur. Fais attention parce qu'il y a des coins très dangereux, que ce soit à cause de certains animaux ou de quelques voleurs de passage. C'est pour ça que les gens qui y vivent ont plutôt tendance à rester à peu près dans le même coin et à ne pas trop explorer la forêt.
Zeno – Et les voleurs ils viennent pas voler dans le château ?
Baron Melody – Y en a qui ont essayé…
Conductif – Ils ont eu des problèmes…
Zeno – Quel genre de problèmes ?
Baron Melody – Tu as entendu parler de Benneur ?
Zeno – C'est un type surexcité qui a débarqué en ville un jour alors que personne ne le connaissait pour foutre un bordel sans nom. Il a essayé de me lapider à coup de morceaux de pain alors que je faisais la sieste, et une fois qu'il me les avait tous balancés, il est parti harceler ma voisine jusqu'à ce qu'elle hurle pour le faire taire.
Conductif – Eh bin mon vieux, heureusement qu'il est parti avant que j'arrive à Lofford…
Zeno – Il a fait ça pendant 2-3 jours et après on ne l'a plus jamais revu. Il payait pas de mine comme ça, il avait l'air assez banal. Mais je peux vous dire qu'il lançait le pain à une vitesse hallucinante.
Baron Melody – Tu sais ce qu'il est devenu ensuite ?
Zeno – Il est venu ici ?
Baron Melody – Oui. Mais avant il a accroché Taxi par le col à un piquet, et il a commencé par faire un tour dans la forêt. Il a déstabilisé le monstre en étant à peine surpris lorsqu'il a surgi pour lui faire peur, il paraît même qu'il l'a fait fuir. Il s'est méchamment moqué d'un voleur et après lui avoir tiré les oreilles, il a fini par lui mettre des claques. Ensuite il a voulu rentrer ici en piétinant certaines de mes plantations au passage et en vantant ses exploits.
Zeno – Et sinon les problèmes, ça commence quand ?
Baron Melody – Comme j'ai beaucoup de gens de confiance sur mes terres, en toutes heures puisque certains vivent la nuit, j'étais prêt à l'accueillir quand il est entré. J'ai fait tomber du poil à gratter sur la poignée par un astucieux mécanisme de mon invention, et quand il est entré dans le hall, sans frapper bien entendu, j'ai tiré une botte d'orties avec un canon dont tu as peut-être remarqué l'ouverture dans l'un des murs.
Zeno – Non, mais je vous crois.
Baron Melody – Ensuite j'ai ouvert les dalles où il passait et il est tombé aux oubliettes.
Zeno – Erf. Avec le Parasite, il a dû se gratter jusqu'à la fin de ses jours.
Baron Melody – Je l'ai fait sortir juste avant qu'il ne meure du coreux.
Conductif – Ah bon, on peut en sortir ?
Baron Melody – J'ai un grappin qui fonctionne avec le même genre de poulie que le monte-charges. En tout cas, il a détalé et moi non plus je ne l'ai plus jamais revu !
Zeno – Je comprends mieux pourquoi les voleurs ne s'approchent pas trop.
Orez – Et le monstre ? Il est dangereux ?
Baron Melody – La plupart du temps oui. On l'appelle Fougie, je ne l'ai jamais vu mais Nuitdorée, mon jardinier-cuisinier, le connaît.
Zeno – Et il a jamais pensé à faire des saucisses de monstre ?
Baron Melody – Il dit que ça revient à manger un humain.
Zeno – Il ressemble à quoi ?
Baron Melody – Il est velu.
Zeno – Moi aussi, mais je mords pas.
Baron Melody – Il est très grand et il aime bien faire peur aux gens.
Orez – Je veux pas y aller !
Zeno – Techniquement t'es pas concerné par la mission donc t'es pas obligé de venir.
Orez – Mais je veux faire partie de la légende, moi aussi.
Zeno – Faut savoir. Bref, je vais voir le jardinier alors ?
Baron Melody – Oui, je pense que c'est la meilleure option pour commencer. Puis selon ce qu'il dira, explore certaines parties de la forêt pour trouver une construction ou une personne qui a vu passer des mages.
Zeno – Bon. Et sinon, vous auriez pas un petit truc à manger ?
Baron Melody – C'est la porte à droite de l'entrée.
Zeno – Merci Baron, à la prochaine. On se reverra quand j'aurai terminé.
Baron Melody – Bon courage !

Zeno se dirige vers la porte qu'il a empruntée pour entrer. La partie de ping-pong reprend lorsqu'il quitte la pièce.

Conductif – Je crois qu'on en était à 4-2 pour moi.
Baron Melody – Ou pas, tricheur !

De retour dans le hall d'entrée, Zeno se dirige vers la porte derrière laquelle le Baron lui a indiqué que se trouvaient les cuisines.

Zeno – Mwarf, c'est fermé !
Orez – Tu vas remonter, morfale ?
Zeno – Non, je vais piocher dans mon sac.

Il s'asseoit sur une marche et déguste une brioche.

Orez – Et moi, j'ai droit à rien ?
Zeno – Bah non, ça existe pas les brioches fantômes.
Orez – Et si j'étais vivant, tu m'aurais donné quelque chose ?
Zeno – Pas sûr.
Orez – N'oublie pas que sans moi tu ne serais pas rentré !
Zeno – Rho, ça va.
Orez – Allez, du nerf dans la mastication ! Il faut qu'on sauve le monde !
Zeno – Boah.

Une fois sustanté, il sort du château et se dirige vers le jardin.

Orez – On va où ?
Zeno – Trouve-moi des rosiers avec un jardinier qui bouge pas loin.
Orez – Mais je sais pas à quoi il ressemble !
Zeno – Alors trouve quelque chose de mobile qui ressemble à un jardinier.
Orez – Je vais voir là-bas, il y a deux types.

L'oiseau vole rapidement vers l'extrémité d'une plantation de rosiers, située sur leur droite entre l'entrée du château et la forêt.

Orez – Par ici !

Pendant que Zeno s'avance lentement vers les intéressés, ces derniers échangent quelques mots à propos de l'oiseau.

Zeno – Nuitdorée,
Face de craie – Un cavalier qui surgit hors de la nuit !
Nuitdorée – Bonjour, je suis le roi du bois.
Zeno – Moi c'est Zeno. (regardant des formes artistiques dans les rosiers) Hé, c'est cool ce que vous faites !
Face de craie – Merci, quand j'en ai eu l'idée je m'étais dit que je n'arriverai jamais à faire grimper un rosier là-dessus, mais il se débrouille bien le petit. (elle pose à terre le bois qu'elle tenait dans ses bras)
Nuitdorée – Ma collègue me dit que vous êtes venus chercher à manger avant de sauver le monde ; vous voulez des insectes crus à emporter, gluants de préférence, et avec les pattes, c'est bien cela ?
Zeno – Heu, sans façons. Alors oui, je cherche toujours plus ou moins à manger, mais c'est plutôt en rapport avec la partie « sauver le monde » que je suis venu vous voir.
Nuitdorée – Mais encore ?
Zeno – Je voudrais savoir si vous connaissez une cachette inconnue dans les bois de Forêtnoire, et si vous avez déjà croisé deux mages bizarres que personne n'a vu.
Face de craie – Présenté comme ça, j'ai un doute sur la réponse.
Zeno – Ouais mais là je commence à en avoir ma claque de raconter dans le détail à tout le monde.
Orez – Han, je vais le dire à Dictaque !
Zeno – Non mais ça va, je réponds volontiers aux questions quand même.
Nuitdorée – Intéressant… Quelle heure est-il ?
Face de craie – Que faut-il comme légumes pour un bon pot-au-feu ?
Nuitdorée – Pourquoi Tipiaque ne met jamais les pieds ici ?
Face de craie – Qu'est-ce qui est jaune et qui se débat ?
Nuitdorée – Comment appelle-t-on un chien obèse ?
Face de craie – Quel est le cri du pingouin ?
Zeno – Stop ! Je réponds aux questions en rapport avec ma mission uniquement.
Nuitdorée – Qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ?
Face de craie – Qu'est-ce qu'il y a de bon à manger dans votre sac ?
Nuitdorée – Dictaque ne ressemble toujours pas à un gypaète ?
Face de craie – Vous dormez bien ?
Zeno – Rhamais ! C'est pas bientôt fini ?
Face de craie – Ah oui pardon, le monsieur doit sauver le monde.
Nuitdorée – Il doit vraiment sauver le monde ?
Zeno – Puisque je vous le dis, rogntudju !
Orez – Je confirme ce que jacte ce gus.
Nuitdorée – C'est quoi cette histoire de cabane et de mages ?
Face de craie – Les mages d'abord, moi j'ai jamais vu de mages ici.
Zeno – Ah bah voilà. On y arrive. Bien. Je suis à la recherche de deux mages, un gris et un beige. D'après l'enquête que je suis brillamment en train de mener, il y a moyen qu'ils aient voulu cacher des breloques ici, éventuellement en construisant un mausolée ou un autel, enfin vous voyez le genre. Donc je voudrais savoir si vous les avez vus ou entendus, et si vous savez ce qui est construit dans ces bois.
Nuitdorée – Je suis sensé surveiller les passants ?
Zeno – Vous êtes sensés apercevoir des types bizarres qui traînent dans le coin.
Face de craie(fixant Zeno) J'en vois un, là.
Zeno – Ou pas.
Nuitdorée – Il y a un homme qui pourrait vous renseigner…
Zeno – Encore ? Ça fait trois fois qu'on me redirige vers quelqu'un d'autre. Ça commence vraiment à bien faire, cette mission.
Orez – Ping ! Pong !
Nuitdorée – Mais vous avancez à chaque fois, non ? C'est comme les dominos, au bout d'un moment ils sont tous tombés.
Zeno – Encore heureux.
Face de craie – Il y a un homme, donc…
Nuitdorée – Oui. Il se nomme Qui-joue-au-frais. C'est le réparateur de Dictaque, et occasionnellement du Baron. Il ne répare ni Dictaque ni le Baron, hein. Seulement leurs châteaux et la calèche de la dulcinée du chef. Quand il travaille, il est souvent dans les bois de Forêtnoire, donc il connaît assez bien les différentes constructions. D’ailleurs, quand il ne travaille pas il aime bien s’y promener aussi. Il est l'une des rares personnes à se déplacer dans presque toutes les zones du bois, et à faire régulièrement l'aller-retour entre les deux châteaux, donc ce n'est pas facile de tomber sur lui. On ne sait jamais où il est, mais où qu'on aille, on a toujours une chance de le croiser, surtout par ici. Une fois, il m'a parlé d'une nouvelle construction assez particulière de ce côté, mais sans plus. Je ne suis pas allé vérifier car cette zone m'intéresse moins. Il n'a pas mentionné de mages, et pour ma part je n'en ai pas croisé non plus.
Zeno – Merci bien. Donc vous pensez que je devrais aller de ce côté ?
Nuitdorée – Si j'étais à votre place, c'est sans doute ce que je ferais.
Face de craie – Mais il n'est pas à votre place.
Zeno – Bon. Je vais y aller, qu'on en finisse.
Orez – Et le monstre ?
Zeno – Ah oui, le monstre. Il rôde comment ?
Nuitdorée – Il rôde lentement, mais sûrement.
Face de craie – Il va vous dévorer !
Nuitdorée – Vous ne pourrez pas l'empêcher de vous attaquer, mais vous pourrez fuir en détournant son attention à l'aide d'une rose. Tenez.
Zeno – En quoi ça m'aide ?
Face de craie – Il aime bien les roses.
Nuitdorée – Un jour que je me promenais à la lisière de la forêt, j'ai rencontré l'ermite du bois, Harry Cow. Il sort parfois de sa cachette. Il m'a interpellé en me disant qu'il appréciait ma façon de m'occuper des plantes. Il voulait de quoi faire du feu parce qu'un voleur avait pillé son abri. Je suis allé chercher ce dont il avait besoin, et en retour il m'a donné le secret pour tenir éloigné le monstre. Harry Cow vit entouré de rosiers sauvages, de l'autre côté, pas très loin de l'entrée. La première fois que le monstre s'est approché de son abri, il est devenu tout à fait amical et inoffensif, n'osant pas s'approcher de l'ermite qui vit au milieu des roses. Il semblait attendri par l'odeur ou la forme des roses, je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, prenant bonne note de ces conseils, je me suis décidé à aller explorer la partie de la forêt où on a le plus de chances de croiser le monstre, armé d'un gros bouquet de roses. Et lorsque je l'ai rencontré, cela a fonctionné, il est devenu tout à fait amical. Maintenant, je peux me promener dans les bois sans craindre Fougie, car il me reconnaît et sait que j'aime les roses moi aussi.
Face de craie – Sauf qu'après ça, ce bon vieux Rubrique est allé vérifier avec un bouquet de roses, et ça n'a pas marché.
Nuitdorée – Oui. Malus et Rubrique n'ont dû leur salut qu'à leur intelligence, se faufilant entre des arbres où le monstre ne passait pas plutôt que de courir sur le petit chemin d'où ils étaient venus. Le savant dit que Fougie est déçu que le porteur du bouquet ne soit pas moi, donc il l'attaque.
Face de craie – Alors tu imagines ce que c'est sans bouquet.
Zeno – Eh bien, c'est le bouquet.
Face de craie – Le bouquet, misère !
Zeno – Et pourquoi il vient pas mettre son nez ici, qu'il y a des rosiers partout ?
Nuitdorée – Les monstres, ça vit dans les bois.
Zeno – C'est tout ?
Face de craie – En vrai, il est agoraphobe. Et rhodophile. Mais encore plus agoraphobe.
Zeno – Et l'ermite, il s'enduit d'eau de rose quand il quitte sa piaule ?
Nuitdorée – Il semblerait que si notre cher Harry Cow n'est pas inquiété, c'est pour une raison différente de la mienne, c'est-à-dire en tant que protecteur d'un coin à rosiers ou quelque chose comme ça. Enfin, c'est ce que dit Rubrique.
Zeno – Donc je lui balance une rose dans la tronche et je me tire ?
Nuitdorée – Approximativement.
Zeno – Merci du conseil. J'allais presque l'oublier celui-là.
Orez – Pas moi !
Zeno – Sur ce, amusez-vous bien.
Face de craie – À la prochaine mon petit.
Nuitdorée – Bonne chance.

Zeno quitte ses interlocuteurs et pénètre dans la forêt. Il ralentit le pas – bien qu'il ne fût pas très rapide initialement – et reste aux aguets. Soudain, il distingue une silhouette qui s'approche du tortueux chemin qu'il a choisi d'emprunter. Il finit par entendre le bruissement de la végétation sous les pieds de l'inconnu, qu'il attend prudemment, prêt à dégainer une dague.

Zeno – Qui va là ?
Darjon – Darjon. Qui va là ?
Zeno – Zeno. Qu'est-ce que vous faites là ?
Darjon – Je me promène. Et vous ?
Zeno – Je cherche un type.
Darjon – Quel type ?
Zeno – Le réparateur.
Darjon – Il n'est pas recommandable.
Zeno – Pourquoi ?
Darjon – C'est un rustre.
Zeno – Et où est-ce que je peux le trouver ?
Darjon – Je ne vous le conseille pas.
Zeno – Mais je dois le trouver.
Darjon – Pourquoi faire ?
Zeno – Je dois sauver le monde, ordre de Dictaque.
Darjon – Ça m'étonnerait.
Zeno – Je cherche un truc construit par des mages.
Darjon – Il n'y a pas de ça ici.
Zeno – C'est pas ce qu'on m'a dit.
Darjon – On vous a menti.
Zeno – Qu'est-ce que vous en savez ?
Darjon – C'était mieux avant.
Zeno – De quoi ?
Darjon – La forêt.
Zeno – En quoi ?
Darjon – Avant, il n'y avait pas tous ces empêcheurs de se balader en rond.
Zeno – Je croyais qu'il n'y avait qu'un seul monstre.
Darjon – Vous n'écoutez pas.
Zeno – Vous ne dites pas grand-chose.
Darjon – Pourquoi cherchez-vous une construction magique ?
Zeno – J'ai pas dit qu'elle était magique, j'ai dit qu'elle était construite par des mages.
Darjon – Mais vous n'avez pas l'air très bien renseigné.
Zeno – Vous n'avez pas l'air d'en savoir davantage.
Darjon – Je ne cherche pas à en savoir davantage.
Zeno – Qu'est-ce que vous savez ?
Darjon – Que vous ne devriez pas être ici.
Zeno – Vous êtes un mage.
Darjon – Non, je suis horloger.
Zeno – Qu'est-ce que vous faites là alors ?
Darjon – Je vous l'ai déjà dit.
Zeno – Je ne vous crois pas.
Darjon – C'est fort dommage.
Zeno – Vous commencez à me les briser.
Darjon – C'était mieux avant.
Zeno – Où est cette foutue construction ?
Darjon – Qu'est-ce que j'en sais ?
Zeno – Vous traînez souvent dans le coin.
Darjon – Vous n'en savez rien.
Zeno – Vous avez dit que c'était mieux avant pour se balader. Donc vous venez régulièrement.
Darjon – La forêt est grande.
Zeno – Sans blague ?
Darjon – Vous me faites perdre mon temps.
Zeno – C'est pas mon problème.
Darjon – Je croyais que vous deviez sauver le monde ?
Zeno – J'y vais de ce pas.
Darjon – C'était mieux avant.

Avant même que Darjon termine sa phrase, Zeno contourne son interlocuteur avec prudence, puis les deux hommes poursuivent leur route dans des directions opposées.

Orez – C'était l'horloger.
Zeno – Tu le connais ?
Orez – Non, mais je l'ai reconnu, c'est l'horloger.
Zeno – De toute façon s'il avait été mage il aurait essayé de nous buter, donc comme c'est pas le cas, on s'en fout.
Orez – Et maintenant, comment on fait pour trouver une personne qui se déplace tout le temps ?
Zeno – On cherche surtout une construction, c'est du bonus si le réparateur est dans le coin.
Orez – Tu veux que je l'appelle ?
Zeno – T'as vu les types pas clairs qui traînent dans le coin ? Tu veux tous les rameuter ?
Orez – Mais pourtant t'es un héros ?
Zeno – Ah oui, c'est vrai. Ça pourrait participer à ma renommée de me débarrasser de quelques gêneurs…
Orez – Je peux y aller alors ?
Zeno – Oui.

L'oiseau prend un peu de hauteur et appelle Qui-joue-au-frais, en restant dans un périmètre à proximité de Zeno, qu'il appelle de temps en temps pour vérifier sa présence. Évidemment, un voleur ne tarde pas à venir. Il est armé d'un arc artisanal avec des flèches grossièrement taillées dans du bois, semblant malgré tout assez pointues pour être efficaces, et se tient à une distance suffisante de Zeno pour qu'il ne puisse pas l'atteindre autrement qu'en lançant ses dagues.

Le Hareng – Hep Toi, Stop ! C'Est Moi L'Meilleur Ici. Jette Ton Sac Vers Moi.
Zeno – Tu vas être déçu, j'ai pas de pierres précieuses.
Le Hareng – Fais C'Que J'Te Dis Et T'Auras L'Droit D'Fuir Comme Un Lâche Que T'Es.
Zeno – T’as un drôle d’accent.
Le Hareng – T'Es Juste Jaloux, C'Est Tout. Lâche Tes Armes.

N'ayant jamais appris à lancer de dagues et sachant qu'un mouvement brusque pourrait déclencher un tir de son adversaire, Zeno laisse tomber ses dagues à ses pieds.

Zeno – Monsieur est content ?
Le Hareng – Nan. J'Veux Tes Fringues D'Aventurier Aussi.
Zeno – C'est des vieux trucs.
Le Hareng – On M'La Fait Pas. Ton Casque Est Cool. Balance Tes Affaires.
Zeno – Je te jette mon sac, tu baisses ton arc, je te file mon casque et tu t'en vas.
Le Hareng – Ça M'Paraît Honnête.

Zeno lance son sac à gauche de son adversaire, près des pieds, en essayant de faire en sorte qu'il tombe à un endroit où, si le voleur ne bougeait pas, il serait masqué par son bras gauche qui tient le bois courbé. Ayant pris du temps pour effectuer le mouvement, d'une part pour ne pas provoquer son adversaire, et d'autre part parce que naturellement il aurait pris du temps, le lancer est précis. Le sac étant hors de la vue du voleur, dans un réflexe celui-ci détourne rapidement les yeux de sa victime en déplaçant légèrement son bras gauche pour voir le sac.

Au moment où Zeno constate qu'il ne le regarde plus, il s'empare prestement de son casque et l'envoie à la figure de son agresseur de ses deux mains en penchant la tête vers l'avant, tout en se jetant au sol sur sa gauche. Le voleur ayant compris l'attaque au moment où Zeno saisissait son casque, il dirige aussitôt son arc vers l'endroit où se trouvait Zeno, décochant une flèche qui vient siffler à quelques centimètres à droite de Zeno au moment où le casque atteint la partie droite du visage de sa cible. N'ayant pas le temps de bander à nouveau son arc puisque Zeno s'empresse de se réfugier dans les buissons, l'assaillant dégaine un poignard de son ceinturon, dont le métal de la grosse boucle produit un cliquetis lorsqu'il est heurté par le médaillon en argent suspendu à la longue chaîne qu'il porte autour du cou.

Zeno essaie de se déplacer en désorientant son agresseur, pour pouvoir soit le surprendre dans son dos, soit être en mesure de récupérer les dagues qui se trouvent toujours sur le chemin. C'est en se retrouvant par hasard face à son adversaire à quelques mètres de lui que Zeno voit un homme masqué surgir derrière le voleur.

Masquie – Arrière, moussaillon !
Le Hareng – Tu M'Laisses Jamais Tranquille Toi !
Masquie – Je suis Masquie, le justicier masqué.
Le Hareng – J'Sais Bien Qui T'Es, Tu M'La Fais À Chaque Fois.
Masquie – Laisse ce pauvre hère tranquille.
Le Hareng – Si J'Revends Son Casque J'Te File 15 %.
Masquie – Cette épée pointée sur ton torse ne te met pas en position de négocier. Jette ce poignard et fais choir cet arc.
Le Hareng – J'M'En Fous, J'Les Construis Bien Maintenant. J'Me Casse.

Le voleur jette son arc et recule en rangeant son poignard.

Masquie – Non, ça aussi c'est pour moi.
Le Hareng – De Toute Façon J'Détrousse Les Types Qui Rachètent Les Armes Que Tu Vends, Sale Escroc.

Le bandit jette son poignard et s'éloigne dans les bois. Zeno, qui pendant ce temps était retourné au chemin pour chercher ses dagues, revient vers Masquie, qui ramasse les armes du Hareng.

Zeno – Merci bien, vous m'avez sorti de l'embarras.
Masquie – C'est mon métier.
Zeno – Je croyais que votre métier c'était de vendre des ustensiles de cuisine.
Masquie – Ça en fait partie.
Zeno(montrant Orez) C'est lui qui vous a rameuté ?
Masquie – Tout à fait. Il faut rester discret dans cette forêt si on ne veut pas avoir d'ennuis.
Zeno – J'ai déjà des ennuis et je dois trouver Qui-joue-au-frais.
Masquie – Il est de l'autre côté, je l'ai vu tout à l'heure et il allait par là-bas.
Zeno – De l'autre côté, genre à l'exact opposé de là où on est ?
Masquie – Oui.
Zeno – Et vous voulez pas aller lui dire de venir là ?
Masquie – Non.
Zeno – Vous avez pas vu une construction anormale, du genre magique, ou en tout cas dans laquelle un mage ne ferait pas tâche ?
Orez – Mais nous si ?
Masquie – Il paraît qu'il y a ça dans le coin, mais je ne suis jamais tombé dessus et ça ne m'intéresse pas. Je m'éloigne rarement des sentiers, donc il doit être dans un endroit improbable.
Zeno – Je vais prendre ça comme une information.
Masquie – Il faut que je vous laisse, le devoir m'appelle.
Zeno – Merci pour le coup de main.
Masquie – Comme on dit : il vaut mieux un coup de main qu'un coup de pied.

Le justicier reprend le sentier dans le sens d'où venait Zeno.

Orez – On fait quoi ?
Zeno – On faiblit.
Orez – J'arrête de chercher le réparateur ?
Zeno – Oui. Dis-moi plutôt si t'as pas vu une construction artisanale dépasser de la forêt.
Orez – J'ai rien vu. Ces arbres se ressemblent tous.
Zeno – Je vais manger un bout en attendant.
Orez – On est pas prêts de trouver cette malle à ce rythme.
Zeno – J'y peux rien si le mec est loin.
Orez – Si ça se trouve la cachette de la gemme est sous cette souche.
Zeno – J'ai pas de quoi creuser donc je vais plutôt m'asseoir dessus et m'enfiler un casse-croûte.

Zeno s'assied sur la souche au bord du chemin. Il a presque fini son en-cas lorsqu'il entend des pas rapides provenant de la direction de laquelle il vient.

Rabière – Hé, Zeno !
Zeno – Oui ?
Rabière – Zeno !
Zeno – Quoi ?
Rabière – Attends, je reprends mon souffle.
Zeno – Attends, je referme mon sac.
Rabière – Rabière,
Zeno – Zeno,
Rabière – Je suis venu là pour te dire que Dictaque s'impatiente.
Zeno – Sans blague ? Il a qu'à chercher à ma place, s'il est pas content.
Rabière – Il s'inquiète du devenir de sa population.
Zeno – Il avait qu'à te filer la mission, si t'es là c'est que t'as rien d'autre à faire.
Rabière – En fait j'étais venu pour dire à Qui-joue-au-frais qu'il devait rapporter en urgence du carburant de cheval au chef, et en ramener un peu aussi. On m'a dit qu'il était avec toi et tu es facile à localiser.
Orez – Du carburant de cheval ?
Rabière – De la nourriture équine.
Zeno – J'aimerais bien qu'il soit avec moi mais c'est pas le cas, donc je galère.
Rabière – Fichtre. Tu ne sais donc pas où il est ?
Zeno – Masquie a dit qu'il était de l'autre côté du château.
Rabière – Ah oui, je cherche Masquie aussi.
Zeno – Il est parti par là d'où tu viens. C'est étonnant que tu ne l'aies pas croisé.
Orez – Il est peut-être allé voir le réparateur par un autre chemin ?
Rabière – Peu importe, je m'en vais les trouver.
Zeno – Attends, t'as pas vu une construction magique par ici, ou un mausolée, ou un bâtiment incongru ?
Rabière – Si personne n'y vit, je ne vois pas pourquoi on m'aurait demandé d'aller y délivrer un message.
Zeno – Alors tu diras à Qui-joue-au-frais de venir ici après.
Rabière – Il doit aller chez Dictaque avec moi avant.
Zeno – Non, il vient ici. Tu iras chez Dictaque seul et tu lui diras que ses chevaux peuvent bien attendre que je sauve le monde. Je suis envoyé de Dictaque. Il parle à travers moi.
Rabière – Bon. Tchao.
Zeno – À la prochaine.

Pendant qu'Orez survole le secteur sans trop s'éloigner de Zeno, ce dernier reste assis sur la souche jusqu'à l'arrivée de son informateur.

Orez – Quelqu'un vient, et je crois bien que c'est notre homme.
Zeno – C'est pas trop tôt, je commençais à fatiguer.
Qui-joue-au-frais – Zeno,
Zeno – Qui-joue-au-frais,
Qui-joue-au-frais – Le messager m'a expliqué qu'il fallait que je vous renseigne sur un édifice peu commun qui serait dans les parages.
Zeno – Oui. C'est Nuitdorée qui m'a parlé de vous. Je cherche deux mages qui ont érigé un bâtiment religieux pour y cacher la gemme de Lock.
Qui-joue-au-frais – Je ne connais qu'un seul mage et il n'a pas envie d'être dérangé.
Zeno – C'est pour sauver le monde.
Qui-joue-au-frais – Il paraît.
Zeno – Ça ne vous intéresse pas ?
Qui-joue-au-frais – Je vais vous le dire, mais vous me promettez que je n'y suis pour rien dans cette histoire et que vous l'avez trouvé tout seul.
Zeno – J'écoute avec grand intérêt.
Qui-joue-au-frais – C'est par là-bas. Il n'y a pas de chemin pour y aller, mais il y a une petite cascade descendant d'un grand rocher près de la clairière, donc dirigez-vous au bruit. La chapelle est presque entièrement cachée par le rocher et on ne la voit pas de loin à cause des arbres.
Zeno – Et si je me perds ?
Qui-joue-au-frais – Il faut suivre les étoiles qui forment une flèche descendante.
Zeno – Faut que j'attende qu'il fasse nuit en plus ?
Qui-joue-au-frais – Si vous ne voulez pas vous perdre, oui.
Zeno – S'il fait nuit, je vais me perdre aussi.
Qui-joue-au-frais – Si vous suivez les étoiles, vous ne vous perdrez pas.
Zeno – Et le monstre, il dort ?
Qui-joue-au-frais – Je ne pense pas.
Zeno – On peut camper sereinement ici ?
Qui-joue-au-frais – Ça dépend où est le monstre.
Zeno – Comment je peux savoir que je suis dans la bonne direction ?
Qui-joue-au-frais – Vous ne pourrez pas le savoir tant que vous ne voyez pas les étoiles. Vous n'avez qu'à aller tout droit par là et quand il fera nuit vous essaierez de les voir à travers les branches des arbres.
Zeno – C'est pas gagné.
Qui-joue-au-frais – C'est pas perdu non plus, il n’y a pas de nuages.
Zeno – Si vous le dites.
Qui-joue-au-frais – Bon, c'est pas tout ça, mais je dois livrer Dictaque.
Zeno – Ok. Merci.
Qui-joue-au-frais – Pas de quoi.

Il s'éloigne alors que Zeno réfléchit.

Orez – Si je vole au-dessus des arbres, je les verrai, les étoiles.
Zeno – Bonne idée, rends-toi utile !
Orez – Comme ça je ferai partie de la légende.
Zeno – Et tu gueules pas, on se parle normalement en étant audible.
Orez(gueulant de façon peu audible) Bien r'çu !

Plusieurs heures plus tard, alors que la nuit est tombée et que Zeno est aux aguets, simplement éclairé par une petite lanterne qu'il a eu beaucoup de mal à allumer et qu'il a fixée au bout d'un bâton, une légère lumière filtre entre des arbres.

Zeno – Il y a l'air d'y avoir un feu pas loin.
Orez – Je ne vois pas de fumée.
Zeno – Alors ça doit être la chapelle dont il a parlé qui est éclairée.
Orez – On y va comme ça, de nuit ? Alors que c'est un mage malfaisant ?
Zeno – J'ai plutôt envie de dormir ici, et demain on va voir ce qui en est. Je vais disposer des branches et des pierres par terre pour retrouver la direction à suivre demain. Si on galère à slalomer entre les arbres, nos ennemis éventuels auront du mal aussi.
Orez – Tu vas dormir là, sur la mousse ?
Zeno – Je ne sors jamais sans mon hamac.

Une fois l'installation terminée, Zeno grimpe dans son hamac et s'installe. Orez monte la garde toute la nuit.

Au petit matin, après un petit déjeuner copieux qui a considérablement réduit la taille de son sac, Zeno reprend sa route. C'est alors qu'un bruissement se fait entendre. Un chat roux avec des rayures blanches se rapproche lentement.

Linya – Miaou ?
Zeno – Un chat ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
Linya – C'est ma piaule.
Zeno(surpris) Un chat qui parle !
Linya – Et alors, il y a bien des mages qui transforment les gens en chat, alors pourquoi pas des chats qui parlent ?
Orez – Et un oiseau fantôme qui parle, tu trouves ça normal ?
Linya – Voilà, écoutez votre compère et écoutez-moi ensuite.
Zeno – Qui es-tu, que veux-tu, où est-ce que j'ai mis les pieds, et qu'est-ce que c'est que ce délire ?
Linya – Linya, vous mettre en garde, chez Figure, et un lieu de culte.
Zeno – Zeno, quoi, qui, et qu'est-ce que c'est que ce délire à la fin ?
Orez – Orez, enchanté. Il ne parle pas toujours comme ça, je vous rassure.
Zeno – Depuis quand tu vouvoies les chats ?
Linya – Détendez-vous, je vais vous expliquer.
Zeno – Je suis très détendu.
Orez – On ne dirait pas.
Zeno – Je t'assure. C'est fatigant de se tendre, alors je reste zen et je vais toujours bien.
Linya – Miaou ?
Zeno – Oui, miaou. On t'écoute, mais abrège s'il-te-plaît, on est pressés.
Linya – Ça m'arrange. C'est usant les longues phrases avec une bouche de chat. J'ai mis du temps avant de parler correctement.
Zeno – Je n'en doute pas.
Linya – Nous étions autrefois deux mages. Nous avons trouvé une pierre précieuse dégageant un pouvoir énergétique. Mon collègue, Figure, c'est son nom, n'était pas d'accord avec moi sur la manière de l'entreposer pour qu'elle nous transmette au mieux son énergie. C'était une offrande pour la divine Quigane. L'objectif était d'augmenter nos pouvoirs. Le seul endroit où nous sommes tombés d'accord était cette chapelle que nous avons construite. Mais Figure est devenu fou et s'est mis en tête de brûler les impies lorsque Quigane lui aura transmis sa force. Il disait qu'il voulait épouser la puissance divine de la gemme. Et un jour, ce traître m'a transformé en chat pour récupérer la puissance de la pierre tout seul.
Zeno – Donc la gemme est là ?
Linya – Ça dépend, qu'est-ce que vous voulez en faire ?
Zeno – C'est pour sauver le monde.
Linya – En prenant la pierre ?
Zeno – Oui, et si tu m'en empêches je te mange.
Linya – Cette pierre n'a rien de magique, ça fait des années que Figure s'obstine à essayer d'en tirer quelque chose et il n'a toujours pas compris qu'elle ne délivre aucune puissance.
Zeno – Elle a d'autres propriétés et c'est pour ça qu'il faut que je la récupère.
Linya – Si vous me sortez de cette forêt ensuite, je veux bien vous aider à récupérer la pierre.
Zeno – Je croyais que les chats avaient un bon sens de l'orientation.
Linya – Je ne sais pas m'en servir. Je reste près de ce traître parce qu'il me nourrit bien et que je suis quelque peu perdu dans ce bois dense.
Zeno – Ah, s'il te nourrit, je comprends.
Orez – Zeno il dit que si j'avais besoin de manger, il arrêterait de me nourrir si je l'ouvrais trop.
Linya – Figure ne sait pas que j'ai réappris à parler.
Zeno – Et on peut aller le voir, ce satané mage ?
Linya – Attendez un peu, il dort en ce moment. Il serait capable de vous transformer en chat si vous le réveillez.
Zeno – Il ne sait rien faire d'autre ?
Linya – Non, c'était moi le plus compétent des deux.
Zeno – On y va quand alors ?
Linya – Quand je reviendrai vous voir.

Le chat s'éloigne.

Orez – Tu crois qu'on peut lui faire confiance et qu'il ne va pas prévenir l'autre ?
Zeno – Je n'accorde pas ma confiance à un chat. On le suit.

Restant à distance de Linya, Zeno finit par entrer dans une clairière circulaire d'une dizaine de mètres de diamètre. La densité et la majestuosité de la végétation alentours ne laissent entrevoir qu'un petit coin de ciel bleu au centre du lieu. Une cascade se fait entendre derrière un rocher atteignant presque la taille des arbres, qui se dresse à droite de l'orée de la clairière. Contre la paroi, une minuscule chapelle rudimentaire en pierre semble menacer de s'écrouler, également maintenue par un solide abri en bois la jouxtant. Linya regarde furtivement à l'intérieur de la chapelle, dépourvue de porte, puis entre dans l'abri par une petite ouverture entre deux rondins le laissant tout juste passer. Il en ressort en trottinant et constate que Zeno l'a suivi.

Linya(murmurant) Vous ne m'avez pas écoutés ! Il va sortir, fuyez !
Orez – On ne peut pas, on est des héros.

Le chat détale jusqu'à l'orée de la clairière. La porte de l'abri s'ouvre. Zeno s'apprête à dégainer ses dagues. Un mage vêtu d'une robe gris clair usée et délavée en sort en fixant le sol. S'apprêtant à mettre sa capuche, il stoppe son mouvement à la vue de Zeno. Son visage prend une expression outrée et révoltée.

Figure – Hé, qu'est-ce que vous faites là ?
Zeno – Je viens me recueillir.
Figure – Ou pas, je suis le seul à me recueillir ici ! Déguerpissez !
Zeno – Je sens ici un pouvoir fort et je sens que je pourrais vous être utile.
Figure – Ou pas, vous voulez voler mon offrande ! Ouste !
Zeno – Par Quigane, respectez vos semblables ! Je sens de la puissance que je sais maîtriser.
Figure – Chut ! Je ne vous connais pas, alors partez ou je m'énerve !
Zeno – Je suis Zeno. Maintenant, vous me connaissez.
Figure – Figure, grand prêtre qui gagne et unique serviteur de Quigane. Que voulez-vous ?
Zeno – Je vous l'ai dit.
Figure – Ou pas, je ne vous crois pas !
Zeno – Laissez-moi essayer.
Figure – Si vous n'êtes pas partis à trois, je vous transforme en grenouille !
Orez – Mais pourtant on n'est que deux ?
Figure – Ha ! C'est quoi ce truc ?
Zeno – Orez,
Figure – Du balai ! Je vous transforme en grenouille. Un !
Zeno – On peut pas discuter, à la fin ?
Figure – Non ! Deux !
Zeno – Viens Orez, on se tire.
Figure – Trois !

Zeno s'éloigne en reculant.

Zeno – On est partis !
Figure – Gagné !

Zeno s'engouffre dans le bois. Il regarde souvent derrière lui et marche prudemment pour ne pas se prendre un arbre lorsqu'il ne regarde pas devant. Une fois hors de la vue du prêtre, il s'arrête.

Linya – Je vous l'avais dit.
Zeno – Ça va, j'ai compris.
Linya – Il va être parano maintenant.
Zeno – Et c'est de ma faute ?
Linya – Oui.
Zeno – C'est parce que ta tête ne me revient pas.
Linya – À moi non plus, je vous signale.
Zeno – Je vais envoyer Orez.
Linya – Avant qu'il ne vous arrive encore une bricole, je peux savoir pourquoi vous voulez récupérer la gemme ?
Zeno – C'est pour éviter que le Parasite se répande. Il faut de la gemme de Lock. On commence à en manquer au Royaume, donc on m'a chargé d'en trouver un gros morceau légendaire pour être tranquilles un moment. Manifestement, je l'ai trouvé.
Linya – C'est louable. Je ne savais pas que cette pierre avait quand même des propriétés.
Zeno – Maintenant tu sais. Je vais donc envoyer Orez pour qu'il aille me prévenir quand le mage s'en va.
Linya – Tant que vous serez là, il ne quittera pas la gemme. D'habitude il la laisse dans la chapelle, mais là il est parti pour dormir avec. Des fois, il y a un type qui vient. Figure garde constamment la pierre sur lui une à deux semaines après son passage. Pourtant, le type ne fait que passer, il bosse pour Dictaque donc il a autre chose à faire. Mais Figure pense que le type attend. Et au bout d'un moment, il finit par se dire qu'il est parti, et il la laisse dans la chapelle quand il la quitte.
Zeno – Il va falloir que je l'attaque.
Linya – C'est beaucoup plus simple qu'on ne le croit de transformer quelqu'un en chat.
Zeno – Il a parlé d'une grenouille.
Linya – J'étais aussi sensé être une grenouille, mais il s'est trompé de formule.
Zeno – Et si tu m'apprenais à transformer quelqu'un en chat, je pourrais lui piquer la gemme tranquillement ?
Linya – Vous savez allumer un feu en pointant votre index sur un truc inflammable ?
Zeno – Pourquoi je saurais ça ?
Linya – C'est la première chose qu'on apprend à la guilde. Si on ne sait pas faire ça, on ne sait pas faire la suite. Et il faut six semaines pour le maîtriser.
Zeno – Je suis pressé.
Linya – C'est bien ce qui me semblait.
Zeno – Je peux l'attaquer de dos ?
Linya – Lancez fort un gros bâton sur mon dos et observez.
Zeno – Il se passe quoi ?
Linya – Allez-y.
Zeno – T'as encore des pouvoirs ?
Linya – Quelques uns. Ceux que ma morphologie supporte. Principalement défensifs.

Zeno cherche un morceau de bois imposant et le lance sur le chat. Quelques millimètres avant de toucher son pelage, le bâton s'arrête en tremblant comme s'il recevait un courant électrique, rebondissant sur le champ énergétique entourant le chat avant de retomber mollement au sol.

Zeno – Saperlipopette.
Linya – Comme vous dites.
Zeno – Il est invincible, c'est ça que t'essaies de me dire ?
Linya – Non, mais je ne vais pas dire comment le neutraliser, ça serait trop simple.
Zeno – Si tu ne m'aides pas, je ne te sors pas de la forêt.
Linya – Je vous suivrai. Contrairement au type qui passe des fois, je sais que vous comptez sortir rapidement.
Zeno – Foutu félin.
Linya – Hé, un peu de respect, vilain barbu.
Zeno – Pourquoi tu ne me donnes pas la réponse si tu la connais ?
Linya – Qui vous a dit que je la connaissais ?
Zeno – Hmm…
Linya – Miaou.
Zeno – En attendant, j'ai la dalle.

Linya ronronne.

Zeno – Non, toi tu as une gamelle là-bas. Comment vous trouvez à manger, d'ailleurs ?
Linya – On apprend à manger peu quand on est mage.
Zeno – Ça doit être horrible d'être mage.
Linya – On apprend à tirer le maximum de ce qu'on mange, donc on n'a pas besoin de manger plus.
Zeno – Et ça mange quoi un mage ?
Linya – Ici on a le choix : du poisson, des algues, des baies, des fruits…
Zeno – Je ne vois rien de comestible dans le coin.
Linya – C'est parce que vous le connaissez mal.
Zeno – Ça ne me dit pas comment j'enquiquine ce branquignol.
Linya – En effet.
Zeno – Laisse-moi tranquille, il faut que je réfléchisse.
Linya – Très bien, je vais faire la sieste. Réveillez-moi quand vous avez fini de réfléchir.

Le chat retourne en direction de la clairière.

Orez – Tu crois qu'on peut lui faire confiance et qu'il ne va pas prévenir l'autre ?
Zeno – T'as pas déjà dit ça il y a quelques minutes ?
Orez – Je m'ennuie et j'ai l'impression qu'on tourne en rond et qu'on n'avance plus.
Zeno – Va vérifier qu'il va bien dormir et qu'il n'est pas parti prévenir son pote.
Orez – Oui chef !

L'oiseau revient après quelques minutes.

Orez – Il dort.
Zeno – J'ai trouvé !
Orez – Quoi ?
Zeno – Il dort.
Orez – Et alors ?
Zeno – Le prêtre !
Orez – Non, il est…
Zeno(l'interrompant) Je le détrousserai discrètement quand il dormira.
Orez – Mais s'il se réveille ?
Zeno – Il me faut un somnifère. Ou un champignon vénéneux. Ou en tout cas un champignon avec des propriétés douteuses qui lui feront passer l'envie de s'occuper de son caillou. Le matou a dit qu'il y avait des trucs à manger dans le coin. Il doit y avoir des champignons.
Orez – Tu t'y connais en champignons ?
Zeno – Pas vraiment, et toi ?
Orez – Les oiseaux ne mangent pas de champignons.
Zeno – Hum.
Orez – On le détrousse à l'ancienne alors ?
Zeno – Il faudra que je vire mes pompes. Celles-ci feront un boucan pas possible si je m'infiltre dans sa cabane.
Orez – T'as des chaussures de rechange ?
Zeno – J'irai pieds nus, c'est plein de mousse.
Orez – On attend ce soir alors ?
Zeno – On a pas vraiment le choix.
Orez – Peut-être qu'il fait la sieste.
Zeno – C'est possible. Tu vas le surveiller et tu me préviens quand il pionce. Je vais chercher à manger vers le rocher, je commence à être un peu à sec.
Orez – Entendu.

Quelques minutes après, alors que Zeno remplit lentement son sac de mûres et de groseilles, mangeant immédiatement une cueillette sur deux, l'oiseau revient le voir.

Orez – Zeno !
Zeno – Je suis là.
Orez – Déjà, je te préviens, ça va être compliqué de prendre la gemme rapidement.
Zeno – Pourquoi ?
Orez – Elle est énorme.
Zeno – Comme ma…
Orez(l'interrompant) La bonne nouvelle, c'est que le mage ne bouge pas du tout quand il se recueille dans la chapelle, et qu'il n'arrête pas de parler à sa déesse.
Zeno – Mais le machin fait bien la taille d'une malle, genre 50 cm ?
Orez – Un peu plus, oui.
Zeno – C'est vert ?
Orez – Comment ça, sévère ?
Zeno – Non, la couleur. C'est vert ?
Orez – Ah ça oui, j'ai tout vu. C'est bien vert.
Zeno – Aucun doute, c'est la gemme d'Ouche.
Orez – Si on lui vole il s'en apercevra. On va se faire rincer.
Zeno – J'ai une autre idée.
Orez – Décidément.
Zeno – Tu vas discrètement rentrer dans la gemme à un moment où il a le dos tourné, et faire genre la gemme parle et c'est Quigane qui dit à Figure de la laisser tranquille.
Orez – Je ne peux pas rentrer dans la gemme.
Zeno – Pourquoi ?
Orez – Je ne sais pas. La plupart des minéraux sont des murs pour moi, comme si j'étais redevenu physique.
Zeno – Donc si je te balance des diamants à la tronche, y a moyen de te lapider ?
Orez – Disons que ça me pousse hors de la trajectoire des diamants en question. J'aurais pas dû te dire ça !
Zeno – Bin si, puisque je vais devoir m'y coller dans ce cas.
Orez – Te coller à quoi ?
Zeno – À imiter Quigane. Je vais grimper sur ce rocher, trouver un truc qui modifie ma voix en la rendant plus forte, et parler à ce taré.
Orez – C'est pas moins risqué que voler la gemme. Tu vas lui dire quoi ?
Zeno – Mon talent naturel d'improvisateur fera la différence.
Orez – Hem, hem !
Zeno – Tu vas voir.

Zeno se dirige vers le cours d'eau où il boit un peu, et regarde autour de lui. Il se met en quête d'objets pouvant lui servir. Il trouve des morceaux d'écorce et du lierre solides, avec lesquels il fabrique un porte-voix. Il ôte son cache-col qu'il place devant sa bouche pour masquer sa voix. Il s'éloigne de la cascade qu'il laisse entre lui et la chapelle, afin de tester sa création.

Zeno(masqué) Orez !
Orez – Hé, c'est pas mal !
Zeno(masqué) Orez, je suis la déesse des oiseaux fantômes. Tu dois m'écouter.
Orez – On ne te reconnaît pas du tout, sérieusement !
Zeno(masqué) Je suis Quigane !
Orez – Non, par contre, tu n'es pas Quigane, tu as une voix trop grave.
Zeno – Il va falloir que j'invente un personnage.
Orez – C'est peut-être mieux, il a l'air bien calé sur le sujet Quigane.
Zeno – Je vais être l'esprit d'Ouche. Je suis chaud là, je grimpe et j'y vais.

Zeno revient près du rocher, où il perçoit toujours le monologue de Figure adressé à Quigane, et cherche un moyen de grimper au sommet.

Orez – Ça serait utile d'être un chat, dans ces cas-là.
Zeno – Je peux pas monter avec tout ce bric-à-brac sur le dos.

Il regarde dans son sac, dans lequel se trouvent une miche de pain, une lanterne et deux solides bâtons dont il se sépare. Il garde des mûres, des groseilles, son porte-voix et son cache-col. Au pied du rocher, à l'opposé de la chapelle, il range les effets dont il s'est délesté, ainsi que son casque, une partie de son accoutrement et ses armes. Il les cache à l'aide de branchages et d'herbes.

Zeno – Si tu vois un type qui vient se poser là, qui vire les herbes et qui veut me piquer mes affaires, tu fais genre tu es le terrible gardien fantôme et il faut d'abord résoudre une énigme avant de prendre les armes.
Orez – Houuuu, je suis le fantôme brocanteur !
Zeno – C'est ça. Allez, c'est parti. Ça va me saouler de monter tout ça, mais j'ai pas le choix si je veux sauver le monde.

À contre-cœur, Zeno grimpe à un arbre qui touche le rocher. Après de grandes difficultés à monter et plusieurs chutes évitées de justesse, il se retrouve coincé entre l'arbre et le rocher en essayant de passer du premier au second à un endroit où les deux sont presque côte à côte. Les jambes dans le vide et le ventre contre une courte mais solide branche touchant la pierre, il se cramponne à cette dernière en essayant de se mettre debout, mais n'a pas assez de place entre le tronc et la paroi pour effectuer le mouvement recherché.

Zeno – Han ! Foutue mission !
Orez – C'est toi qui a eu l'idée !
Zeno – Ferme-la !

Il se met sur le flanc pour hisser ses jambes recroquevillées sur la branche, en se tenant au tronc. Il finit par réussir à se redresser, haletant, et escalade le sommet du rocher, qui n'est plus à-pic à cette hauteur, en prenant soin d'éviter de prendre appui sur de la mousse.

Il se trouve désormais au-dessus des constructions de Figure, caché par quelques branchages. Il prépare son matériel pour modifier sa voix. C'est alors qu'il est interrompu par le soudain silence, le prêtre ayant cessé ses incantations. Il se tait et observe discrètement. Figure sort de la chapelle avec une grosse besace dans laquelle on devine qu'il a mis la gemme. Il enlève sa capuche, et se tient au milieu de la clairière, dont il scrute les environs, probablement à la recherche de Zeno. Il rentre alors dans l'abri en bois.

Zeno – C'est bien ma veine, le v'là qui rentre se remplir la panse.

Mais le mage ressort quelques secondes plus tard, remet sa capuche, et rentre à nouveau dans la chapelle. Au bout de quelques minutes, Zeno, qui entend relativement mal Figure qui marmonne dans sa capuche, se lance.

Zeno(masqué) Qui est lààà ?

Le prêtre se redresse, mais reste silencieux. Zeno, qui ne le voit pas, attend quelques secondes.

Zeno(masqué) Qui m'a invoquééé ?

Le prêtre regarde la gemme avec circonspection, se fige, et tend l'oreille.

Zeno(masqué) Levez-vouuus. Parlez distinctemeeent.
Figure – Figure, serviteur de Quigane. Qui êtes-vous ?
Zeno(masqué) Je suis Buuulbe, esprit de l'aventurière Ouuuche.
Figure – Ô Bulbe, quels sont vos liens avec la vénérable Quigane ?
Zeno(masqué) Je suis l'esprit de cette geeemme, ô Figuuure. Je me réveille d'un looong sommeeeil.
Figure – Ô Bulbe, puissiez-vous m'aider à épouser la puissance de Quigane !
Zeno(masqué) Votre liturgie est incomplèèète. Il vous faut un anneauuu. Une promesse pour vous lier à la puissance que vous rechercheeez.
Figure – Ô Bulbe, puissiez-vous me guider vers cette destinée !
Zeno(masqué) Trouvez un anneauuu. Rapportez-le iciii. Et le pouvoir de la gemme vous sera transmis à travers luiii.
Figure – Ô Bulbe, puissiez-vous me débarrasser des rôdeurs alentours qui veulent vous arracher à ce lieu sacré !
Zeno(masqué) Faites-moi confiaaance. Seul un mage est habilité à me porteeer. Toute transgression se verra puniiie.
Figure – Ô Bulbe, puissiez-vous répondre à mes appels dès que je souhaite vous parler !
Zeno(masqué) Il ne vous appartient pas de décider de l'interruption de mon sommeil éterneeel.
Figure – Ô Bulbe, puissiez-vous me transmettre votre puissance pour m'aider à trouver un anneau !

En voulant se redresser un peu, Zeno glisse sur de la mousse, ce qui lui fait perdre l'équilibre. Il redescend de quelques mètres et parvient à s'arrêter avant de heurter l'arbre par lequel il est arrivé.

Figure(pensant) J'ai dû trop lui en demander. Vite, je dois me mettre en quête d'un anneau. Je vais faire des courses.

Orez, qui avait quitté son poste de garde pour la chapelle afin d'entendre la psalmodie de Zeno, remonte rapidement vers ce dernier.

Orez – Qu'est-ce que tu fais dans cette position ?
Zeno – C'est pas le moment de poser des questions. Va voir ce qu'il fait.
Orez – J'en viens et il est sorti d'un pas décidé.
Zeno – Je vais remonter et tu me dis quand je peux redescendre. Surveille-le.
Orez – Ah ça oui je vais faire partie de la légende !

L'oiseau voit Figure qui ressort prestement de son abri en bois avec un panier en osier et une épuisette, et se dirige vers l'arrière du rocher. Il passe sans s'en rendre compte à quelques centimètres des effets personnels de Zeno.

Orez – Il est parti cueillir et pêcher.
Zeno – Bon, bin je vais manger quelques groseilles en attendant.

Une petite heure après, Figure revient d'un pas pressé vers la chapelle, le panier rempli de fruits et deux petits poissons dans l'épuisette. Constatant que la gemme est toujours là, il souffle et rentre plus calmement dans son abri.

Zeno – Je crois que je peux descendre, maintenant.
Orez – Fais attention, s'il t'entend tomber il va revenir.
Zeno – Je ne compte pas tomber.

Bien que lent, Zeno descend étonnamment en toute maîtrise, et pose grâcieusement les pieds à terre.

Zeno – C'est pas trop tôt !

Il s'équipe et s'enfonce à nouveau dans le bois, restant à proximité de la clairière, afin d'observer les mouvements s'y tenant. De nombreuses minutes plus tard, il voit le prêtre sortir de son abri avec un baluchon rempli d'où dépasse une fine corde, qu'il emmène dans la chapelle. Il y reste quelque temps, avant de retourner dans l'abri.

Zeno – Mais qu'est-ce qu'il fout, ce boulet ?

Une demi-heure plus tard, le mage sort avec sa besace pleine en remettant sa capuche, suivi par le chat qui se lèche les babines. Il ouvre sa besace, faisant apparaître son panier en osier, duquel il tire un vieux morceau de papier qu'il examine. Il observe alors les lieux, puis se dirige brusquement vers un buisson à l'opposé du rocher, qu'il contourne tout en vérifiant son itinéraire sur son papier. Il finit par disparaître.

Orez – Tu crois qu'on peut lui faire confiance et qu'il ne va pas prévenir l'autre ?
Zeno – Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Orez – On y va ?
Zeno – On attend un peu, s'il a oublié quelque chose il va revenir dans pas longtemps. Je vais manger quelques mûres en attendant.
Orez – Je vais le suivre un peu et je reviens si c'est bon.
Zeno – Ne te perds pas, j'irai pas te chercher.

L'oiseau part au moment où le chat entre dans la chapelle. Lorsqu'il revient, Zeno tresse des herbes allongé dans son hamac.

Orez – C'est pas vrai que t'as installé ton hamac !
Zeno – Personne n'étend un hamac aussi vite que moi.
Orez – Eh bien remballe ton matériel, on peut y aller. Son bout de papier, c'est la carte qui a dû lui servir à venir ici. Au rythme auquel il marchait, il va revenir rapidement.
Zeno – Va donc voir où est le chat pendant ce temps.

Zeno entre dans la clairière au moment où Orez sort de la chapelle.

Orez – Il a piégé la chapelle ! Et le chat dort à côté de la malle.
Zeno – Comment ça, piégé ?
Orez – Il a tendu des cordes partout à une hauteur à peine suffisante pour laisser passer le chat dessous.

Zeno s'approche de la chapelle. Il constate que son état extérieur lamentable n'a rien à envier à l'intérieur. Il remarque immédiatement la malle fermée au centre de la pièce.

Zeno – C'est malin… Si on touche une corde, on déboîte un bloc, et le bâtiment s'écroule… Il a dû s'amuser à faire passer toutes ces cordes dans tous les trous de ce gruyère de pierre et à fixer tous ces machins en fer sans fissurer les murs.
Orez – Et comment on fait pour atteindre la malle ?
Zeno – Il ne comptait certainement pas se piéger lui-même, donc il doit y avoir un moyen de passer.
Orez – Peut-être qu'en tirant sur une des cordes, ça libère d'autres cordes sans que la chapelle s'écroule ? Ou qu'il y a des cordes qui coulissent ? Ou qu'on peut passer dans une certaine position sans rien toucher ?
Zeno – Je vais voir s'il a un sécateur.

Il sort de la chapelle et entre dans l'abri. Spartiate, celui-ci comporte un couchage, deux lanternes, une modeste cuisine avec un meuble à tiroirs, quelques livres de magie, et de l'outillage accroché au mur de la porte. Mais pas de sécateur.

Zeno – C'était trop facile.
Orez – Peut-être qu'il l'a pris avec lui ?
Zeno – D'un autre côté, si je lui pique la gemme, il n'aura plus de raison d'avoir une chapelle. Si je détruis la chapelle, j'ai le temps de fouiller les décombres. Il y a une pelle, ici.
Orez – Il faut que tu détruises tout sur ton passage ?
Zeno – Il faut que je récupère une gemme de Lock.
Orez – Si ça se trouve elle n'est pas dans la malle et il l'a cachée ailleurs.
Zeno – Hum… C'est ce que j'étais en train de me dire. Il doit avoir fait en sorte d'être en mesure de récupérer la gemme même sous un tas de décombres, avec accessoirement moi en-dessous selon son plan.

Il réfléchit.

Zeno – La chapelle est coincée entre le rocher et cette cahute, sinon elle ne peut pas tenir debout. Il y a peut-être une ouverture cachée dans cette pièce qui donnerait sur un espace inutilisé entre la chapelle et la paroi rocheuse, qui serait donc inaccessible depuis l'extérieur…

Il pousse le couchage de Figure et touche le bois du fond de l'abri jouxtant la chapelle. Il passe quelques minutes à inspecter les murs.

Zeno – Aha !
Orez – Quoi ?
Zeno – Ça sonne creux. Comme dans ton crâne. Je vais essayer de déplacer ce bout de bois.
Orez – Et si ça s'écroule ?
Zeno – C'est pas un morceau porteur, c'est une sorte de planche mal fixée. Tiens, si je la fais pivoter comme ça…

La planche se laisse retirer sans forcer.

Zeno – Je ne vois pas la gemme, ça ne donne pas sur l'extérieur mais bien sur une cachette. De toute façon la gemme ne rentre pas ici. Il doit y avoir d'autres planches à enlever. Elles ont l'air imbriquées les unes sur les autres.

Zeno retire trois planches supplémentaires. Il tâte le fond, puis les parois de la cachette. Doucement, puis avec plus de force. C'est en essayant de déplacer un cube de bois en haut à gauche de la cachette que celui-ci cède, écrasant au passage les doigts de Zeno qui n'a pas retiré sa main assez vite. Son hurlement est vite interrompu par sa surprise de constater que le grand cube est creux et contient la gemme.

Zeno(faisant de grands gestes avec sa main meurtrie) C'est bon, on va pouvoir se tirer !

Il vide son sac à l'exception des fruits rouges, et place la gemme au fond. Il replace ses affaires dedans, gardant sa dernière miche de pain à la main par manque de place.

Zeno – J'espère qu'il ne va pas craquer.
Orez – N'oublie pas le chat.
Zeno – Ah ouais, le chat…

Ce dernier passe sa tête par l'ouverture par laquelle il rentre habituellement.

Linya – C'était quoi ces hurlements ?
Zeno – Dis donc, tu savais qu'il cachait la gemme ici ?
Linya – Bien sûr.
Zeno – Pourquoi tu l'as pas dit ?
Linya – Ça fait des mois qu'il n'avait pas utilisé cette cachette.
Zeno – Et alors ?
Linya – Quand j'ai commencé ma sieste, il portait la pierre sur lui.
Orez – Il ne pouvait pas savoir !
Zeno – Bref, on s'en fout. On se casse.
Orez – Tu connais le chemin ?
Zeno – On est arrivés de là en ligne droite, donc on devrait s'en sortir en reprenant le même chemin.
Orez – Tu as semé des petits cailloux ?
Zeno – Et puis quoi encore ?
Orez – On va se perdre.
Zeno – Mais non.
Orez – On va se faire manger par le monstre.
Zeno – Mais non.
Orez – On va tomber sur un voleur.
Zeno – Qu'ils y viennent. On a un chat maintenant. Il leur mordra les fesses.
Linya – Euh… non.
Zeno – Tu veux sortir, oui ou non ?
Linya – Vous ne savez pas où aller.
Zeno – Je sais comment on fait la nuit.
Orez – Mais on est le jour.
Zeno – Tu vois l'orée de la forêt d'ici, Orez ?
Orez – Je vais voir.

Il s'élève au-dessus des cimes.

Orez – Je vois le château.
Zeno – Alors en route, on te suit.

À mi-parcours, Zeno se retrouve sur un chemin. Il regarde prudemment des deux côtés, puis poursuit sa route, semée d'obstacles naturels mais la plus directe possible pour sortir du bois.

Après une interminable marche, il sort face à une aile du château. Par acquis de conscience, il vérifie que la gemme est toujours là. Il constate seulement qu'elle est pleine de fruits rouges écrasés. Il referme son sac et se dirige vers l'entrée du château, quand il est interpellé.

Face de craie – Ah, notre aventurier ! Je suis contente de vous revoir.
Zeno – Moi aussi à votre place je serais content de me revoir, parce que c'était quand même bien galère. (il commence à manger le reste de son pain)
Face de craie – Vous avez trouvé ce que vous cherchiez ?
Zeno(mâchant) Hmoui. M'nant ch' rentre chez Dictaque.
Face de craie – Je souhaite de tout cœur que votre trajet se déroule à merveille ! Nul doute que vous avez déjà fait le plus dur.
Zeno(mâchant) Comme ma…
Nuitdorée(l'interrompant) Hé, mais qui voilà ? Le chasseur de trésors nous est revenu.
Zeno(mâchant) Hmoui. Ch' vous ai ramené un chat qui parle.
Linya – Miaou.

Zeno termine son pain et enlève les quelques feuilles, branchages et poussières sur son équipement qui témoignent de son passage par des buissons.

Zeno – Pourquoi tu parles plus ?
Linya – Miaou.
Nuitdorée – Vous avez besoin de repos.
Zeno – On en reparlera, boule de poils de malheur.
Face de craie – En tout cas il vous apprécie, il vous suit à la trace.
Zeno – Ouais ouais… Bon faut que j'aille chez Dictaque, si vous croisez un mage avec une robe à capuche grise, vous ne m'avez pas vu.
Nuitdorée – Ah d'accord, c'est lui que vous cherchiez ?
Zeno – Vous l'avez vu ?
Face de craie – Il est venu nous demander si on connaissait un endroit où se procurer une alliance.
Nuitdorée – Je croyais que c'était une façon étrange de demander Face de craie en mariage.
Face de craie – On lui a dit qu'il y aurait sans doute ce qu'il cherche en ville.
Nuitdorée – C'était en milieu d'après-midi. Il avait l'air affolé.
Zeno – Il ne faut pas qu'il me reconnaisse si je le croise. Vous avez des masques ?
Face de craie – Oh, bien entendu ! Suivez-moi, je vais vous montrer.

Guidé par Face de craie, Zeno retourne dans le château et entre dans une petite pièce saturée de vêtements bariolés et de déguisement suspendus aux murs, posés sur des bancs, fourrés dans des armoires, ou à même le sol. Il trouve une vieille robe de mage bleu marine au tissu saupoudré de minuscules pois blancs et rapiécée aux coudes et sur le flanc gauche, qu'il enfile rapidement.

Face de craie – Prenez ce masque, je suis sûr qu'il vous ira bien.

Zeno examine le masque noir à l'expression hilare et aux pommettes rouges, et se regarde dans le petit miroir fixé au mur.

Zeno – Mouais…
Face de craie – Le chapeau maintenant. J'aime beaucoup celui-ci !

Elle lui tend un bicorne de feutre noir orné d'une rose rouge en papier.

Zeno – J'ai pas l'air ridicule du tout…
Face de craie – Mais si, c'est parfait ! Personne ne vous reconnaîtra. Et il est suffisamment large pour que le casque soit caché en-dessous.
Zeno – Je vais pas faire la fine bouche, j'ai une mission à finir.
Face de craie – Très bien. Quand vous reviendrez victorieux, on vous invitera à manger pour vous féliciter et pour que vous nous racontiez votre périple.
Zeno – C'est bien aimable.

Zeno salue Nuitdorée et Face de craie en poursuivant sa route vers la sortie du château. Il passe le gardien sans s'arrêter.

Taxi – Hé, qu'est-ce que vous faites là ? Comment êtes-vous entrés ? Personne ne rentre !
Zeno – Je ne fais que passer.
Taxi – Qui êtes-vous ?
Zeno – Taxi.
Taxi – C'est pas vrai ! Vous n'avez pas le droit de rentrer ! Que je ne vous y reprenne pas !

Zeno s'éloigne. Il croise rapidement une femme vêtue d'un équipement de combat semblant solide bien que léger et flexible. Celle-ci l'arrête. Le chat Linya, qui les suivait toujours, poursuit seul son chemin en direction de la ville.

Daiphe – Zeno !
Zeno – Quoi ? Qui êtes-vous ? Et d'abord, qu'est-ce qui vous fait croire que je suis Zeno ?
Daiphe – Vous venez de vous trahir. Daiphe, garde rapprochée de Dictaque.
Zeno – Pour quelqu'un de rapproché, vous en êtes plutôt loin.
Daiphe – Disons, garde spéciale chargée de vous espionner pour vous dire de ne pas aller plus loin.
Zeno – Pourquoi, ce foutu mage m'attend au tournant ?
Daiphe – Le mec en gris ? Non, lui il est parti en ville.
Zeno – Qu'est-ce que vous me voulez ?
Daiphe – Vous avez dit à Rabière de faire patienter Dictaque. Il m'a donc demandé de vous attendre à la sortie de la forêt.
Zeno – Pourquoi faire ?
Daiphe – Vous avez la gemme ?
Zeno – Ça ne vous regarde pas.
Daiphe – Dictaque veut que vous alliez directement balancer la gemme dans les oubliettes. Ça ne sert à rien de la ramener chez lui. C’est vrai qu’il aimerait bien la voir mais le temps presse.
Zeno – C'est pas mon boulot.
Daiphe – N'importe qui peut faire ça.
Orez – Allez, fais-le et soyons des héros !
Daiphe – C'est qui ça ?
Zeno – Je vous expliquerai plus tard. On y retourne.

Zeno fait demi-tour et retrouve le gardien.

Taxi – Halte, qui va là ?
Zeno – J'ai pas de temps à perdre.

Il prend son sac et l'ouvre pour montrer à Taxi la gemme de Lock se trouvant à l'intérieur.

Taxi – Okay, c'est bon pour vous, mais pas pour la dame !
Daiphe – Daiphe, garde rapprochée de Dictaque.
Taxi – Je ne vous crois pas !
Zeno – Elle est avec moi.
Taxi – Je ne vous crois pas !
Zeno – Elle a la même chose sur elle mais elle les a cachés dans des endroits où il serait malvenu de fouiller.
Taxi – Et alors ?
Zeno – Et vous n'allez évidemment pas le faire car en tant que digne représentant des valeurs du château, vous lui devez le respect.
Taxi – Hum… Okay, c'est bon pour vous, mais pas pour… Heu, le type qui arrive, là-bas !
Zeno – Le type qui arrive ?

Se retournant rapidement, Zeno distingue la silhouette pressée d'un personnage portant une robe de mage. Il devine immédiatement qu'il s'agit de Figure.

Zeno – Vite, on rentre au château ! Taxi, ne le laissez rentrer sous aucun prétexte, il est dangereux !
Taxi – Il va voir ce qu'il va voir !

D'un pas rapide, Zeno et Daiphe se dirigent vers le château.

Zeno – C'est le mage à qui j'ai piqué la gemme, il faut que je la jette avant qu'il s'aperçoive que je l'ai récupérée.
Daiphe – À ce propos, félicitations pour l'avoir trouvée, on la pensait disparue.
Zeno – Ce furieux lui voue un culte dans la forêt depuis des années mais j'ai plus ou moins réussi à le faire aller en ville pour lui voler pendant son absence. Je savais qu'il n'allait pas tarder à revenir.
Daiphe – C'est pour ça que vous êtes sapé comme un savant fou ?
Zeno – Oui, je vais rendre ce stupide déguisement au Baron.

Il jette son chapeau et son masque sur le pas de la porte d'entrée, et frappe énergiquement.

Daiphe – Vous savez, Dictaque m'avait demandé de vérifier qu'il s'agissait bien de la gemme d'Ouche. Il n'y a pas cinquante gemmes de Lock géantes, vous ne pouviez pas vous être trompés. Et j'ai bien vu que c'était elle quand vous l'avez montrée au gardien. C'est impressionnant.
Zeno – Comme ma…

Il est interrompu par la porte qui s'ouvre.

Baron Melody – Très bien, vous êtes revenus, entrez. Il paraît que vous avez la gemme. Posez-la sur cette dalle et j'active immédiatement la trappe correspondante.

Zeno s'exécute.

Baron Melody – Elle est magnifique.
Daiphe – J'avoue.
Baron Melody – Je ne savais pas que les gemmes de Lock pouvaient avoir des reflets rouges.
Zeno – Euh, non, ça ce sont des groseilles écrasées…
Baron Melody – Bien. Allons-y, sus au Parasite !

Le Baron appuie sur le bras d'une statuette située derrière la porte d'entrée. Un groupe de quatre dalles s'ouvre et la gemme disparaît dans les oubliettes.

Baron Melody – Nous voilà tranquilles pour un bon moment.
Zeno(enlevant sa robe de mage) Ça m'étonnerait, le mage ne va pas être content de voir que je lui ai subtilisé son satané caillou.
Baron Melody – Je ne lui empêcherai pas de descendre là-dedans pour aller le chercher…

Figure entre à ce moment dans le hall.

Baron Melody – Quand on parle du loup.
Figure – Hérétiques !
Baron Melody – En quoi puis-je vous aider ?
Figure – Vous avez volé ma source de puissance !
Zeno(au Baron Melody) La prochaine fois il faudra museler Taxi.
Baron Melody(à Zeno) Mais non. (à Figure) Votre gemme est en sécurité, elle était menacée par heu… un glissement de terrain.
Zeno – Oui oui, et d’ailleurs là où elle est il vous sera plus facile d’en tirer quelque chose, parce que c’est un endroit isolé à l’écart de tout… parasite.
Figure – Chut ! Où est-elle ?
Baron Melody – Avancez-vous d’un pas, je vous prie.
Figure – Non.
Daiphe – C’est pour que vous puissiez sentir sa force, vous êtes trop loin.
Figure – Palsambleu !

Il finit par s’avancer doucement.

Baron Melody – C’est mieux ?
Figure – Non.
Baron Melody(appuyant sur le bras de la statuette) Et là ?

Surpris par la brusque ouverture des dalles sous ses pieds, aucun son ne sort de la bouche du mage lorsqu’il tombe dans les oubliettes.

Orez – Ça, c’est fait.
Daiphe – Vous allez en faire quoi ?
Baron Melody – Je vais y réfléchir.
Zeno – Bon, moi j’ai fini, donc je rentre.
Daiphe – Pas encore, il faut aller chez Dictaque avant.
Zeno – Vous m’avez dit que ça ne servait à rien que j’y aille.
Daiphe – …avec la gemme.
Zeno – Vous me fatiguez.
Daiphe – Vous étiez déjà fatigué avant de me rencontrer.
Baron Melody – Je vous laisse vous disputer, je remonte.
Zeno – À la prochaine, Baron.
Baron Melody – Merci pour tout.
Daiphe – Alors, vous campez ici ?
Zeno – Il faut que je passe chez moi avant.
Daiphe(ouvrant la porte du château pour en sortir) Si vous voulez. Mais après vous allez chez Dictaque.
Zeno(suivant Daiphe) Je finirai bien par retourner chez Dictaque.
Daiphe(se dirigeant vers le gardien) Rapidement.
Zeno(s’arrêtant) Cet adverbe ne fait pas partie de mon vocabulaire.
Daiphe(poursuivant son chemin) Vous êtes contrariant. Puisque vous ne voulez pas aller à Dictaque, c’est lui qui viendra à vous.
Zeno(regardant Daiphe partir) Merci.
Daiphe(s’éloignant sans regarder en arrière) Ce n’était pas une faveur.
Orez – On la suit ?
Zeno – Forcément, il n’y a qu’un seul chemin pour revenir au village. Mais cette fois, on va à mon rythme.

Sur le chemin du retour, Zeno ne croise personne, à l’exception des chats de Lanterne qui dorment devant chez elle. Les maisons semblent étrangement abandonnées. Interloqué, il se dirige vers la boulangerie de Madame Bleu. La porte est fermée.

Zeno – C’est suspect.
Orez – Tu as vu tous ces chats ?
Zeno – Quoi ?
Orez – Je trouve qu’il y a beaucoup de chats.
Zeno – Je trouve surtout qu’il n’y a pas assez de monde.
Orez – Et si le mage avait transformé tout le monde en chat ?
Zeno – Ce n’est pas logique, il aurait aussi transformé Taxi. Et c’est pas comme ça qu’il aurait trouvé un anneau.
Orez – Et s’il avait fait ça par vengeance, parce qu’il n’a pas trouvé d’anneau ou qu’on n’a pas voulu lui en donner ?
Zeno – Il y en a chez Masquie, et chez Malus il me semble. Il a suffisamment de pouvoirs pour les trouver et les voler.
Orez – Et tu avais déjà remarqué tous ces chats ?
Zeno – Il n’y en a pas plus que d’habitude. On ne voit qu’eux parce qu’il n’y a qu’eux, mais si les gens étaient là, tu ne ferais pas cette remarque.
Orez – Je suis perplexe.
Zeno – Pas moi. Je suis sûr que c’est une manœuvre de Dictaque pour que j’aille chez lui. Eh bien soit, je vais aller chez lui. Mais il a intérêt à m’offrir à manger.

Il reprend le chemin vers le château de Dictaque, pestant et grommellant lors de l’ascension de la colline. Arrivé devant l’imposante porte du château, il constate que celle-ci est ouverte. Étonné, mais également soulagé de ne pas avoir à la pousser, il pénètre dans la cour.

Zeno – Il y a quelqu’un ?

Soudain, un sifflement se fait entendre. À ce signal, les neuf portes donnant sur la cour du château s’ouvrent simultanément. Tous les habitants du village de Lofford en sortent, chantant et scandant son nom. Pendant que Madame Bleu l’enlace, Dictaque et Tipaque sortent chacun par une des portes secrètes du mur de l’entrée, et s’avancent solennellement vers lui.

Tipiaque – Toutes nos félicitations, Zeno. Tu as brillamment réussi cette mission cruciale pour notre survie.
Madame Bleu – C’est bien mon fils, ça !
Zeno – Boh, fallait bien sauver le monde.
Dictaque – Bien ouej, mec.
Zeno – Vous pouvez remercier Orez aussi, il m’a bien aidé.
Méoui – Merci Orez !
Orez – Ah ça oui j’ai tout compris !
Lanterne – Pour une fois qu’il est utile celui-là !
Dictaque – En ton honneur Zeno, et aussi celui de ton piaf, j’ai l’honneur de te remettre ceci.

Il fouille dans sa poche droite.

Dictaque – Attends, elle est dans l’autre poche.
Tipiaque(à Dictaque) Bien ouej, mec.

Il sort une clé en or de sa poche gauche, et lui tend.

Dictaque – Ceci, donc. Les clés de la ville, symbole de notre reconnaissance envers ta bravoure, ton abnégation, ton courage…
Tipiaque – …ta bonne volonté…
Dictaque – Certes.
Zeno – Merci. Et je remercie aussi tous ceux qui m’ont aidé ou renseigné durant cette mission, et qui m’ont permis de la mener à bien. Et heu, j’essaierai de faire mieux la prochaine fois, et voilà.
Dictaque – Demain soir, sur la place du village, aura lieu un grand banquet en ton honneur. Le Baron est en train de préparer tout ça. (à Rabière) Il est au courant, d’ailleurs ?
Rabière – Le pigeon est revenu.
Dictaque – Parfait. (à Zeno) En attendant, tu es désormais libre de vaquer à tes occupations et de retrouver ta famille et tes amis.
Zeno – C’est bien aimable.
Lanterne – Alors le héros, c’est quoi tes plans ?
Zeno – Hmm… Là, je crois que je vais aller pioncer.

Randall Kryllow 2017/08/21

fanfiction.txt · Dernière modification: 2017/08/21 19:12 par randall_kryllow